24/07
Année 2041-42 : Le descendant blonde Tobias Finnigan
Septembre – 4 Juillet 2042
Cael Finnigan n'était peut-être pas une flèche, mais il a toujours été fier de son attention dès qu'il s'agissait de Loan.
Il connaissait tous les traits de son visage, le moindre de ses expressions et le peu de réaction qu'il a eu au cours de ses 14 ans d'existence. Parce qu'il ne l'a encore jamais vu s'énerver, rire aux éclats ni pleurer. Cependant, le brun avait laissé les barrières s'envoler au départ de sa mère et depuis il était aussi froid et fragile que de la glace.
Avant ça, il n'était pas bien expressif, son éducation ne l'ayant pas permis, mais loin d'être maltraité, Loan en a fait une force et peut très bien vivre sans l'assistance de personne d'autre. C'est pourquoi ce n'était pas étonnant de le voir isolé et renfermé sur lui-même, seulement Cael sentait une aura de tristesse l'entourer et il n'aimait pas ça.
Pour ne rien arrangé, cette année est prévue l'événement majeur où l'école de magie recevait tous les Next ayant été scolarisé à Poudlard. Le but étant d'aider ces derniers à vivre en société malgré leur don qui peut s'avérer parfois un peu problématique, voire excessif.
Il avait déjà connaissance des six derniers, du moins ceux nés en 2021 et avec qui il a au moins côtoyé pendant trois ans et qui sont à l'origine de la maison Caméléide : Joshua Calentir, Whitney Morton, Jordan Payson, Myron Tolibar, Thelma Sherwood et Tom Zeyon.
Surtout Thelma, il se souvenait de cette fille qui rougissait à une proximité limite indue avec son père, prof de potion.
D'ailleurs, c'est toujours le cas au vue de sa réaction un peu réservée en sa présence.
Aussi, le quartier des Caméléide a été réaménagé de sorte à pouvoir accueillir les super sorciers qui ont de plus ajouté quelque réglage au sujet des couloirs menant au reste de l'école. Ainsi les audacieux qui voudraient le traverser devaient passer une série d'obstacle, bon pour la ligne et se refaire une santé. Et il ne sait pas ça parce qu’il a voulu s’y aventurer, non, non.
Cael peut aussi dire qu'il connait assez bien les premiers parmi eux : Adrian et Alice. Bon, techniquement Adrian n'en est pas vraiment un, mais comme il s'y plaît d'en être considéré, tout le monde y croit. Puis, bon, il s'avère que c'est le seul à savoir gérer les Next, alors autant qu'il soit présent lors des débordements.
Alice est une Next célibataire, dont le don était l'alchimie, qui vient annuellement pour les réunions estivales des 30 légendes (sauf la dernière). L'anecdote sur ses familiers fut la seule chose qu'il a retenu d'elle, en même temps quelle idée de nommer un faucon, un hamster et un chien-loup en hommage à son ami le septième fils ? Addison, Ridley et Antarctique, ce qui donne Adrian une fois contracté.
Il a fait la connaissance de Lucas, le premier Next né en 2004, avec pour don de protection par les runes (adorable, le monsieur) ; les deux nés en 2007, Diana et Alexis, ayant respectivement le don de clonage et de vitesse (très sympathiques) ; les trois de 2008, Hector, Louise et Maxime, respectivement don d'animorph, louve-garou au don d'hypnose et Dhampire au don de vu (le moins qu'il puisse dire est que c'est...sauvage), puis des quatre de 2010 : Solange source d'origine, Annabelle la crieuse, Jake la neige (le fait qu'il se téléporte en se désintégrant en petit flocon est juste Wow! -D'ailleurs, entre eux, il l'appelle Jack Frost) et Yannis a la super audition.
Ils sont relativement tous assez gentils, se faisant facilement accepter, mais certains prennent un peu trop liberté.
- Tiens, regardes, c'est Loan Potter, le fils d'Albus Potter.
Bon, apparemment le nom de Potter est toujours aussi reconnu dans la communauté sorcière anglaise.
- Il paraît que ses parents se sont séparés.
Cael jette un regard prudent vers le concerné qui marche à ses côtés. La nouvelle va vite. Pourtant rien n'est confirmé puisque ce n'est pas un divorce en soi mais juste une prise de distance. Quoique, ce n'est jamais bon de demander à prendre de la distance dans un couple. Généralement, cela signifie rupture dans pas longtemps.
- Apparemment c'est la femme, Claire, qui a demandé, elle serait loin d'ici à l'heure actuelle.
- Donc Albus Potter est le délaissé dans l'histoire ?
- Ça veut dire qu'il est libre ?
Cael sent Loan se tendre alors qu'il arrête de marcher. La conversation sur son père continue.
- Ne rêve pas trop, il ne fait que tirer la tronche depuis qu'ils ne sont plus ensembles, ça se voit qu'il ne prend pas bien cette séparation. Et puis, tu veux que je te rappelle que ta rivale use une magie émérite instable.
Le blond espérait que cet argument puisse dissuader l'autre inconscient de progresser dans cette pente glissante. Mais évidemment, la stupidité est une maladie incurable, la réponse enfonça davantage sa situation.
- Mais ma rivale n'est pas présente et puis je sais très bien me mesurer à elle.
Comme si elle pouvait être du même niveau que la mère de son amour. Mais il faut encore moins le faire remarquer devant le fils de celle-ci.
C’est passé en un éclair. Loan virevolte à la fin de la phrase et balance de toutes ses forces un disque, qui s'ouvrit en une dizaine de lame prêt à découper l'impudent qui a osé médire sa mère.
Sauf que c'est intercepté avant par son parrain qui a gelé le projectile avant de le briser en morceau. L'adulte lui jette d'ailleurs un regard désapprobateur alors que les bavardes halètent en comprenant qu'ils ont été pris pour cible.
- Écoutez-moi bien, les cerveaux limités : si ne serait-ce qu'un d'entre vous songe à approcher mon père je jure de m'occuper personnellement de son cas, Next ou pas. Faites bien passer le message dans les rangs, crache-t-il avant de tourner les talons.
C'était la première étape du déverrouillage d'un Loan impassible.
La deuxième étape arrive juste le lendemain. Cael n'était pas présent parce que cela s'est déroulé à une heure déplacée de la nuit ou très tôt le matin. C'est le père du concerné qui le trouve dans la salle commune des Serpentard. Il serpente tard (jeu de mot pourri) dans le fauteuil le plus confortable avec ses innombrables livres ouverts autour de lui et est éclairé à l'aide d'une pierre fluorescent aussi lumineux qu'une ampoule moldu.
- Combien de temps as-tu dormi ?
- Quatre heures, c'est la durée minimale pour que le corps intègre de l'énergie.
- C'est trop peu, Loan. Tu sais que si on ne dort pas du sommeil réparateur, tu risques de t'écrouler dans la journée.
Comme son fils ne répond pas, le professeur de métamorphose décide de pousse un peu.
- Ou perdre le contrôle comme ce que tu as fait la veille. Ç'aurait pu très mal finir si Adrian n'était pas intervenu.
- Mais il l'a fait. Et ne t'approche pas de ces choses insignifiantes.
Il déclare la dernière phrase avec gravité et en ayant cessé sa lecture. Voyant que son père était trop abasourdi par le terme pour répondre, il poursuit en songeant que l'assurance passait d'un camp à l'autre dans cette discussion père/fils.
- Ne t’approche de personne d'autre que maman. Ni homme, ni femme, ils n'ont pas besoin de vouloir te connaître. Tu as déjà maman.
Les traits du père se tirent et l'inquiétude s'y lit mais le plus jeune continue dans sa lancée en se persuadant d'en être imperméable.
- Tu as dit que tu l'as laissé parce que tu l'aimes, non ? Tu ne penses pas que ce soit plus juste si tu restais fidèle ? Alors prends de la distance avec les gens qui y font barrage, éloigne-toi de ceux qui t'approche plus que nécessaire.
- Même mon père Loan ? Tout sexe confondu implique que je dois m'isoler de mes collègues aussi ?
S'il ne s'est pas rendu compte que l'adulte s'était approché, il n'en montre rien et le regarde dans les yeux alors qu'Albus continuait de parler. Une fois accroupi devant, il chuchote ces mots :
- De mes amis qui m'ont soutenu pour notre couple ?
Ceux qui me permettent de me rappeler que c'est bien la femme que j'ai aimé, ma femme que j'ai épousé qui n'est plus là.
Sans pouvoir les retenir, les larmes dévalent les joues du métissé qui étudiait désespérément son père. Son héros, celui qu'il adulait pour s'être accouplé avec sa mère, celui qui l'a mis au monde grâce à l'amour fusionnel de son mariage.
- Retrouve-la ! Si tu l'aimes, tu aurais dû forcer pour rester avec elle ! Vous vous aimez, non ? Alors vous auriez dû surmonter cette épreuve ensemble ! Peu importe ce qui lui manque, si tu étais resté avec elle, elle aurait été comblée ! Nous aurions été comblés ! Je... J'ai besoin que vous soyez réunis... Alors va la retrouver...
- Je ne peux pas, Loan. Même si tu penses que notre amour aurait dû être plus fort que tout, ce n'est pas possible. Elle a besoin de se retrouver et je ne peux rien faire d'autre que lui accorder cette requête.
Anéanti par le discours, l'enfant ne dit plus aucun mot mais ses larmes coulent abondamment sur ses joues pâles, montrant sa détresse. Ce héros qu'il a adulé de son enfance ne peut malheureusement pas toujours garantir son exploit qu'il a déjà accompli une fois. Causant le désarroi d'un tiers qui reposait sur lui confiance et grande espoir.
Cael se réveille tôt le lendemain de l'éclatement. Il voulait voir son ami encore plus que d'habitude, il voulait être auprès de Loan pour le soutenir et réconforter parce que même s'il avait encore jamais vu de craquelure sur son visage, il ne souhaitait pas que ce soit la haine qui y soit gravé.
Alors il accoure jusqu'à la salle commune des Serpentard, du moins approximativement, et attend la sortie de Potter.
Mais celui-ci n'arrive pas. Un instant, il a peur que Loan soit parti sans lui, ce qui serait encore jamais vu mais comme il a déjà commencé à changer de comportement, peut-être qu'il est allé prendre l'air. Ou alors il n'était pas du tout rentrer.
- Loan, j'aimerai te parler, s'élève une voix derrière lui.
Bon, il a sa réponse en voyant son adorable métissé s'éloigner de son parrain. En dehors de la salle commune, s'entend.
- Je n'ai pas envie de parler de ça avec toi.
- Ou tu n'as pas envie de nous parler de ta crise d'adolescence tout court ? Ricane Alice qui les suive en arrière.
Loan dévisage alors l'alchimiste avec les sourcils froncés, ce qui choque passablement son public. Il en profite pour mettre encore plus de distance, cependant Cael l'arrête alors qu'il s'apprête sûrement rejoindre sa chambre pour être au calme.
- Hey, Loan. Tu veux bien qu'on aille faire un tour ?
- Je n'en ai pas envie, Cael.
- Tu devrais, petit angelot, l'incite également son parrain. Et puis, on parlera plus tard, l'assure-t-il en lui ébouriffant les cheveux.
En temps normal, Cael serait contenté de la réponse et il aurait dû en faire de même ici, surtout en voyant le regard mauvais que Loan jette à l'adulte alors qu'il l'avait plutôt dans les bonnes grâces. Mais le fait est que malgré sa froideur et son masque impeccable, le blond a décelé des preuves d'un second éclatement. Les yeux rouges, probablement brillants plus tôt, provoquées par des larmes ne permettent pas un délaissement alors qu'il est au plus mal.
- Mais ça te ferait du bien. Tu as besoin de changer d'idée.
Étrangement, c'était le mot à ne pas dire.
- J'en ai besoin ? Qu'est-ce tu en sais de ce j'ai besoin ? Ne parle pas sans rien savoir !
Le Gryffondor sent la colère l'étouffer quand il rencontre les yeux noirs du Serpentard. Il est mortifié à l'idée de savoir que toute cette animosité soit dirigée vers lui mais surtout il avait peur qu'il soit la cause du prochain éclatement.
- Tu n'en sais rien, Cael. Tu ne peux pas comprendre ce que je ressens, tu ne peux pas savoir puisque tu n'as pas de mère.
Effrayé et tremblant, le lion n'ose plus prononcer un mot. Seulement au lieu d'être blessé par les paroles, il l'est plus par l'agressivité.
- Loan, je... Je suis d-....
Il ne peut finir sa phrase que son vis-à-vis le fusille du regard et le plante sur place, le défiant de la suivre, voire l'intimant même de prendre de la distance.
Loan ne se retourne pas une seule fois, même quand son parrain le hèle avec force, parce que sa colère à lui est beaucoup plus aveuglante. Alice se tourne pour sa part vers le petit blond encore pétrifié.
- Ça va ?
- Loan est fâché contre moi, s'étrangle l'étudiant.
- Vu l'état des choses, il est plus qu'un peu fâché mais...
- Alice, avertit Adrian.
- Faut dire ce qui est, hein.
- Qu'est-ce que je dois faire ? Panique l'enfant.
- Eh bien, dans un premier lieu, laisser les choses se calmer, rien ne sert de le pousser, répond le septième fils en soupirant.
- Si on suit ta logique, votre conversation aura lieu bien plus tard, réplique l'alchimiste à son ami.
Mais Cael n'écoute pas la suite de la conversation, son attention est encore entièrement axé sur son ami qui, de toute évidence, l'a mauvaise. Et lui ne supporterait pas d'être mal vu par son petit angelot. De leur côté, les deux adultes voient cette querelle comme la réminiscence de ce qui s’est passé pour les parent du plus petit pratiquement au même âge. Et c’est bien évidemment le gentil qui est blessé (quoique pas sûr qu’Albus soit totalement blanche pour avoir tenté de rendre la fille qu’il aime jalouse).
Sauf que malgré le conseil avisé, Loan ne s'est pas calmé. Au contraire même, à croire que le temps accentue sa mauvaise humeur ce qui fait fuir tous ceux qui veulent l'approcher. Pas qu'il y en ait beaucoup après le déchirement de la famille mais Cael a toujours pensé que cela aurait été un réconfort d'être entouré dans un tel moment. Fort est de constater qu'il avait tort et que cela fait très mal de voir que Loan le fuit à présent. Encore plus de savoir que Nathaniel Weasley a droit de le côtoyer.
- Il a toujours apprécié les génies, commente son jumeau.
Si seulement Aiden savait à quel point cette vérité lui faisait mal. Il aurait tout donné pour que son ami le trouve intéressant ou digne de discuter de choses intellectuelles mais le fait est qu'il était plus un homme d'action que de mental. Jusqu'ici, il a toujours été satisfait de lui-même, il n'est pas très intelligent certes mais a assez d'esprit pour savoir faire rire ou détendre l'atmosphère, il n'est peut-être qu'un jeune homme qui n'est qu'un sportif à défaut d'utiliser son corps correctement mais au moins il distance facilement ses assaillants, grâce à sa ruse. Alors oui, il ne peut pas tenir une conversation intelligente avec celui qu'il aime comme il l'a prouvé stupidement il y a une semaine de cela ce qui a causé le froid installé entre eux, mais il a toujours été celui qui déridait le petit Lohan. Là, il ne lui servait à rien parce que même pour apaiser, ce fichu Nath avait pris sa place.
Parce que Nathaniel-je-suis-un-surdoué-Weasley était de conversation super cérébral, voire doté d'une empathie limitée à son cousin adoré pour le comprendre sans un mot, Nath-je-suis-un-seizième-de-Velane est capable de charmer son monde avec ses yeux bleus et donc te calmer illico presto, parce que Put*in de Nath-je-suis-blond-et-non-roux-Weasley est beau et qu'il forme un beau tableau avec le taciturne Loan-beau-métissé-Potter.
Oui, c'est la jalousie qui lui brûle la gorge, les yeux, le nez, les mains... Bref, partout quand il voit ou entend parler de ces deux-là. Parce que bien sûr, ils se font remarquer messieurs-je-suis-au-dessus-de-vous en séchant les cours car ils sont justement au-dessus de tout ça. Cael regrette vraiment de n'être pas doué en étude. Ni d’être tout simplement un garçon intelligent.
Cela ne s'arrange pas avec la fête d'Halloween qui arrive.
Bon, en soit ce n'était pas vraiment la fête en lui-même qui perturbe sa concentration sur les études déjà bien maigre, mais plutôt ce qui s'y révèle plus tard.
Sinon, la soirée était bien le seul événement qui lui a permis de se détendre depuis que Loan lui fait la tête (certes, c'était beaucoup plus sérieux qu'une simple 'je te boude/ne te cause plus' mais Aiden préférait des termes moins grave pour éviter de briser son cœur), il s'était amusé accompagné de son jumeau, sa moitié, le seul qui le comprenait aussi bien que lui-même. C'était rafraîchissant, littéralement, avec le don cryokinésie Jake Sparts ou Jack Frost de son petit nom. D'ailleurs la plupart du temps, c'était les Next qui animaient l'ambiance.
Mais c'était aussi un des leurs qui est la cause d’écart.
Ça, il le découvre un peu après, quand il voulait se rabibocher avec son petit ange le jour de son anniversaire. Le 12 novembre, il avait dans l'idée de pousser le bouchon de l'éclatement un peu plus loin. Il avait dit qu'il n'avait jamais vu son ami rire, après être en colère et pleurer, non ? Bon, il ne l'a pas vu faire le dernier et juste de...enfin, de l'exacerbation pour le premier, mais il s'était dit que vu son air placide était en train de se fissurer, ça pouvait être en bonne voie pour qu'il commence à rire. Non ?
Non.
Il avait voulu faire un concours de meilleur blague pour ne serait-ce qu'entendre un rire bref. Mais rien de tout cela. Habituellement, quand il appelait un Loan plongé dans un récit, celui-ci le répondait en faisant une pause pour le regarder dans les yeux, une politesse inculqué par sa bien-aimée mère, et arrêtait sa lecture quand le sujet était intéressant ou y retournait dans le cas contraire, mais là, il n'eut rien. Pas de réponse. Il ne s'était même pas retourné, à croire qu'il l'ignorait. S'il ne faisait pas extrêmement attention, il n'aurait pas remarqué que le brun s'était figé alors qu'il s'approchait en le hélant, cela au moins le rassure un peu en songeant qu'il n'était peut-être plus si en colère.
- Tu veux bien venir écouter Loan ?
Il se retient fortement d'ajouter 'tu as besoin d'une pause' en se rappelant de la cause de leur froid. La réponse silencieuse s'étire et le cœur de Cael se serre en comprenant que son 'ami' ne compte pas lui répondre. Pas digne d'intérêt.
- L- Loan...
Il remarque à peine que sa voix n'est qu'un murmure que le concerné réplique d'un laconique :
- Perte de temps.
Et il a alors l'affreux sentiment d'avoir le cœur brisé alors qu'il comprend enfin les sentiments des autres qui se font ignorer. Loan, sa lumière, l'homme qu'il aime venait de le repousser comme il rejette 'le reste'. Les figurants. Ceux qui n'ont aucun impact dans sa vie. Ceux qu'il méprise.
Il ne remarque que bien plus tard que son jumeau le traîne dans les couloirs dans une direction qu'il n'arrive pas encore à déterminer. Tout ce qu'il sait, et est sûr, c'est qu'il a dû s'écouler un laps de temps assez conséquent pour qu'il se réveille en marchant alors que la dernière chose qu'il se souvient était s'être figé de mortification. Il utilise d’ailleurs beaucoup ce terme, dernièrement.
- Où est Loan ? Est la première chose qui lui vient à l'esprit.
- Parti. Dispensé de cours et on a l'a perdu de vue. À mon avis, il n'a pas besoin de dispense pour sécher les cours, mais bon comme c'est son jour...
Sa moitié blond ne répond rien pendant un moment, mais comme il se fait toujours entraîné, il se demande où ils vont.
- Tu n'es pas en état d'aller en cours, dit seulement le roux.
En entendant le dernier mot, Cael se rappelle qu'ils doivent en effet y être, d'où l'utilité de la dispense, mais qu'il n'avait en effet vraiment pas la tête à ça. Cependant, cela ne répondait pas à sa question. Il l'obtient après encore un moment de marche dans les sous-sols. Les jumeaux Finnigan se trouvent devant la porte de bureau du professeur de potion. De leur père.
- Pourquoi tu veux aller voir papa ?
- Je ne le souhaite pas particulièrement, surtout que notre venu ne va pas forcément le plaire, vu qu'on devrait être en cours, mais toi, tu as besoin de lui parler.
- Oh, c'est bon, je ne suis pas un gamin.
- Même en étant plus petit, on avait pas besoin d'aller le voir, mais là, on le fait parce que tu as une peine de cœur.
- Je ne suis pas sûr qu'il soit de très bon conseil, réplique le blond en s'empêchant de s'attarder sur la raison de leur présence.
Le roux a l'esprit de ne pas répondre, à la place il frappe le battant qui s'ouvre à la volée. Leur père les regarde avec un peu d'espoir mais aussi avec beaucoup de panique, interloquant ses fils.
- Les garçons. Vous voulez quelque chose ?
- Tu attendais quelqu'un ? Demande en retour Aiden, sans tact.
- Vous avez l'air patraque, que se passe-t-il ? Élude l'adulte.
- Tu as l'air anxieux, tu as fait une bêtise ? Réplique Cael en entrant dans le jeu.
Le père ouvre la bouche, mais aucun mot n'en sort. Ce qui conforte l'idée qu'il en a bien fait. Les trois hommes se dévisagent longuement, aucun ne veut s'avouer vaincu.
- Entrez.
Ce n'est pas une invitation mais bien un ordre. Bon, au moins, ils peuvent compter sur leur père pour leur fournir une excuse de leur séchage de cours, sauf si monsieur est trop angoissé par son problème.
- Alors, qu'as-tu fait pour être fébrile à ce point ? Commence le roux.
- Rassure-moi, il n'y a pas de corps à enterrer impliqué ? Plaisante le blond.
Mais la tentative de détente est vite démolie par la réplique qui suit.
- Ce serait plutôt deux corps dans ce cas.
Venant de son père, s'il vous plaît. Un adulte responsable, qui s'est occupé seul de deux chenapans comme eux.
- Crache le morceau, plisse Aiden des yeux.
- Sans les détails morbides, par contre, rajoute Cael en fronçant du nez.
Même si c'est avec retenu, leur père jette un regard reconnaissant vers le blond pour la nouvelle tentative de blague.
- Alors... En fait, c'est très simple, commence Tobias.
Les garçons attendent la suite, qui se fait désirer.
- Ou pas tant que ça ? Proposent-ils.
Le sanglot qui s'échappe de la gorge du prof les tétanise.
- Pas du tout en fait, laisse l'homme s'échapper en se cachant le visage derrière ses poings.
- Papa ?
Le mot arrache un autre sanglot.
- Bon, ce n'est pas un meurtre, ce ne peut non plus être un vol, tu as tout ce que tu veux -enfin, surtout nous-, tu n'as pas commis d'adultère quand même ? Interroge Aiden.
- Merlin, non ! Scandalise Tobi.
- Bah, quoi alors ? Tu as violé quelqu'un ? Fait le premier, excédé.
- Euh....
Cela arrête au moins ses interlocuteurs.
- Tu as violé quelqu'un ? Répète Cael en s'étranglant.
- P- pas vraiment. Du moins, pas de ce qu'elle m'a dit.
- 'Elle' ? Ne me dis pas que tu l'as enceinté ! S'étouffe le premier.
- On dit 'mis enceinte', reprend le deuxième. Ou engrossé.
- Eh bien, oui.
Silence.
- Oui pour quoi ? Que c'est 'mettre enceinte' ou que tu l'as... ?
- C'est bien évidemment la deuxième, Ai. Ne te voile pas la face !
- Et donc ? Tu comptais nous le cacher longtemps ? Soupire Aiden, excédé.
- Mais non, mademoiselle Sherwood me l'a annoncé pas plus tard qu'hier quand Adrian lui a fait la remarque que...
- Qu'il y avait un autre être vivant dans son corps ? Complète l'un.
- Sherwood ? Comme Thelma Sherwood ? Ton élève de Serdaigle, la Next de Caméléide qui craque pour toi ? Veut s'assurer l'autre dans le même temps.
Leur père acquiesce pour les deux questionnements, la tête baissé, honteux.
- Comment ?
- C'était durant la nuit d'Halloween. Une fois les élèves congédiés, eh bien, on s'est un peu lâché et l'alcool a coulé. J'ai jamais été un bon buveur, vous savez, et du coup...
- Tu as profité de la pauvre qui a un faible pour toi ?
- Eh bien... De toute évidence....
Et il a de quoi avoir honte.
- Mais papa ! Comment peux-tu faire ça ! Tu t'es excusé, j'espère !
- Bien sûr que oui ! Je lui ai dit que c'est une situation confuse et je me suis expliqué.
- Laisse-moi deviner la suite, elle ne t'en pas tenu rigueur mais elle avait le cœur brisé parce que sa première fois a certes été avec son premier amour mais celui-ci ne lui retourne pas les sentiments, du coup elle a l'impression de s'être fait baisé. Dans tous les sens du terme !
Tobias n’a même pas le cœur de reprendre la vulgarité de son fils. Parce que c’est vrai, c’est ce qu’il a fait. Il a brisé le cœur de cette jeune femme qu’il savait ne pas être insensible. Mais ce n’est pour lui qu’une… (Pas une enfant, non, Merlin, ça fait pédophile !) [Pas non plus son élève, ils en ont terminé avec ça et il a l’impression d’être un salaud, quoique ce n’est pas loin]… connaissance. À peine.
-Tu vas faire quoi maintenant ? Lui rappelle à l’ordre Cael.
- Tu assumes, hein ! Poursuit Aiden avec force.
- Bien sûr que je vais le faire ! Cette fois-ci que j’ai la chance d’être père légitimement. Euh…pas que je ne vous considère pas comme mes fils illégitimes, mais…
- Si, un peu, clament ensembles ses deux fils.
- Bref, va vite lui courir après ! Je ne vois même pas pourquoi tu restes ici à tergiverser !
- Surtout que vous n’avez plus aucune barrière qui empêche votre relation ! Même si c’est quand même bien louche d’avoir des relations sexuelles dans une école et s’y marier.
- Marier ? S’étonne l’adulte.
- Ben, oui, marier ! C’est comme ça qu’on devient père légitime de l’enfant ! Sinon, tu ne serais que géniteur et tu n’as pas forcément plus de pouvoir qu’un petit-ami le jour de l’accouchement !
- Oui, je le sais bien ! C’est juste que… vous m’ôtez les mots de la bouche, je ne m’attendais pas à ce que vous l’acceptez aussi facilement.
- Eh ben, on le fait !
- Merci, les garçons, je vais faire ce que vous me dites.
- Alors bouge-toi un peu pour lui faire une demande en mariage qui restera dans les annales ! Aller !
Ils se mettent tous les trois à chercher activement la meilleure demande en oubliant où ils sont, quelle heure est-il et qui sont-ils. Tel père, tels fils.
À midi quand les quatre heures de la matinée se sont écoulés sans que les Finnigan n’y voient l’heure, ils ont au moins 36 résultats et hésitent à tous les faire un à un, car ils les trouvent tous bien. Tous.
Et là, on pouvait dire que Cael avait laissé sa peine de cœur loin derrière lui.
Quand ils arrivent dans la grande salle, ils ont un sourire de joker accroché aux lèvres et même le sermon de professeur Wood pour avoir osé sécher son cours ne change pas cet état de fait, ce que remarque Harley.
- Qu’est-ce que vous préparez encore, vous deux ? Demande-t-elle finalement.
Les garçons s’échangent un regard complice et leur sourire s’agrandit si possible sans qu’ils ne daignent répondre à leur enseignant. Qui soupire en cédant.
- Allez-vous installez pour le repas.
- Oh, mais il y aurait quelque chose de bien plus intéressant que ça !
Ils éclatent de rire en rejoignant la table des Gryffondor et s’agitent le temps que finalement leur plan se met en marche. Normalement, la première demande allait survenir avant le repas.
Ah, là, tout de suite d’après l’exclamation de Thelma juste de l’autre côté de la grande porte. Qui soudainement devient un ultrason bien déroutant pour les oreilles de tout le monde. Enfin, surtout d’Adrian et Yannis qui sont affalés à la table en se couvrant l’ouï. Les pauvres. C’est vrai qu’ils ont quelque peu oublié ce détail, bien important.
- C’est quoi ce délire ?
Très bonne question, dont ils n’auront jamais la réponse au vu de la gêne un peu trop présent sur le visage de la Sherwood, bientôt Finnigan, alors qu’elle progressait jusqu’à la table spécial pour Next. Le professeur de potion suit un peu après, avec un petit sourire plaqué sur les lèvres.
Lors du premier service, Cael et Aiden sont plus concentrés sur les réactions de Thelma qui vont suivre plutôt que leur propre assiette et ce qui devait arriver, arrive. Son visage s’empourpre d’un coup comme si elle venait d’ingurgiter un met épicé, sauf que dans son cas elle ne recherche pas d’eau pour revenir à une température plus normal. Il faut d’ailleurs que sa camarade Whitney la secoue pour qu’elle se reprenne. Elle se tourne à demi vers son ancien professeur qui doit l’étudier depuis un certain temps et rougit encore plus fort quand elle lui décroche un sourire adorable.
Les garçons ricanent dans leur coin en s’en frappant cinq. Succès sur les deux premières parties.
Le reste du temps est mouvementé par les demandes de mariages qui commencent à amuser la destinatrice plus qu’autre chose. La dernière en date était une sérénade sous l’une des fenêtres de la bâtisse des Caméléide à défaut de balcon. Tous ceux qui ont écouté par hasard ou non n’ont plus pu regarder le professeur de potion sans rire pendant une semaine. Mais toujours celui-ci quitte les lieux avant que la réponse ne tombe. Au sens propre comme au figuré.
Un jour, alors que Thelma traverse le couloir, elle croise son amoureux en pleine discussion avec ses collègues de son âge qui le taquinent sur ses agissements. Ils se sourient timidement alors que leur regard se croise.
- Et dire que vous vous moquez de moi plus jeune.
- Il y a de quoi, maman a dit que vous formez un couple très…borné.
- C’est le cas de le dire, toussote Rose.
- En même temps, c’est ce qui rend leur couple si touchant, intervient Adrian.
- Mais ce n’est pas ce qui a permis leur lien. Peut-être que si tu lui avais fait la cour comme il se devait, on en serait pas ici.
- Mais peut-être que tu ne serais pas venu au monde non plus, commente Harley.
Elle ne veut pas être méchante mais c’est la juste chose à noter. Loan la regarde dans les yeux et lui répond calmement, sans animosité et avec sincérité :
- Tant qu’ils soient ensemble…
Sauf qu’il y avait tellement de chance qu’elle ne soit pas avec lui. Dont l’une est qu’ils ne sont pas faits pour être ensemble.
Thelma se garde bien de manifester plus sa présence en voyant le regard triste de tous les adultes, même celui de son amoureux. Cela doit concerner un problème des 30 légendes. Et de leur descendant, s’ajoute-elle quand son regard se pose sur Cael Finnigan qui se retient de toutes ses forces de rejoindre son métissé Potter pour l’étouffer dans ses bras.
Bref, son problème n’est pas le seul qui préoccupe Tobias, en plus des cours qu’il doit encore enseigner.
Cael commence à être un peu à bout. Six mois qu’il n’a plus parlé à Loan, trainé avec lui ou n’est tout simplement plus à ses côtés. Il veut le côtoyer, lui raconter tout et rien dans l’espoir d’attirer son attention, il veut que son regard soit sur lui, même si ce n’était pas brillant, du moment qu’il le remarque.
Tous ses efforts pour se tenir éloigné de son ange sont réduits à néant quand il tombe sur la scène.
Loan avait la tête négligemment posé sur les jambes de Nathaniel, il semblait parler (en tout cas il ne lisait absolument pas, ce qui était bien une première). Ou se forçait à parler, vu comme il se couvrait le visage et comme le mouvement des lèvres est morne. Cael s’apprête à les rejoindre, même si dissuadé par son jumeau, mais il est arrêté par la suite de la scène qui lui brise le cœur.
Nath s’est penché pour rapprocher son visage du plus jeune et échangeaient maintenant un baiser. Loan n’a même pas l’air d’être forcé.
Il se sent tirer par derrière et n’oppose aucune résistance à cette force qui l’emmène loin de ce spectacle qu’il n’arrive pas à quitter des yeux. Pourtant qu’il le voulait.
- On va voir papa, ok ? On va faire comme la dernière fois et lui parler et tout va bien se passer, d’accord ?
Aiden lui parle mais pas un mot ne l’atteint plus que cette image qui lui brise ses espoirs. Son cœur saigne mais il refuse de laisser couler une larme.
Ils arrivent devant le bureau de leur père comme la dernière fois, mais ce n’est pas lui qui ouvre. Thelma les regarde avec surprise et inquiétude.
- Où est notre père ?
Elle n’a pas le temps de leur demander ce qu’ils veulent que le roux lui demande d’un ton qui fait plus que sous-entendre que ce n’est pas avec elle qu’ils veulent s’entretenir. Ce n’est pas parce qu’elle est enceinte qu’elle ne comprend pas.
- Il se repose, je peux vous aider ?
- Non, c’est de lui qu’on a besoin, refuse Aiden.
- Eh bien, vous attendrez, il n’est pas disponible, réplique-t-elle un peu sèchement. Faut pas la chercher, elle est bourré d’hormone aussi.
Mais c’était la goutte d’eau qui fait déborder la vase pour Cael.
- Oh, c'est bon ! Ce n'est pas parce que tu portes l'enfant de notre père que tu peux agir comme si t'étais notre mère !
Vu l'expression de Thelma, on aurait qu'elle venait de recevoir une gifle et le coup de coude dans les côtes par son jumeau lui faisait effectivement comprendre qu'il était allé un peu loin. Mais il n'allait pas s'excuser alors qu'il avait déjà entamé la manière forte.
Aiden inspira bruyamment pour se faire remarquer.
- Cael n'aurait pas dû le dire de cette façon, mais c'est vrai que ça ne te donne pas le droit de nous parler comme ça.
Au tour de Thelma de prendre des inspirations longues et contrôlées.
- Écoutez les garçons. (Pause.) Vous avez raison, je ne suis pas votre mère et je ne le prétendrais pas l'être, il y a comme qui dirait un problème question âge, cependant là, j'agis en tant qu'adulte responsable qui pense au bien-être de votre père. Il a besoin de repos, vous pouvez comprendre ça, non ?
Les jumeaux dizygotes s'échangèrent un regard avant d'y consentir. Ils n'ont peut-être pas tout à fait tenu compte de ce facteur. Et surtout Cael était bien trop aveuglé par ses propres soucis comme un bon égoïste. Alors il demande d’une petite voix s’il peut au moins attendre sur le canapé, sagement bien sûr. N’y voyant pas d’inconvénient, Thelma les invite.
Ils restent un moment silencieux, chacun plongé dans ses pensées avant que Cael décide de changer l’ambiance un peu tendu.
- Vous avez une idée de prénom ? Désigne-t-il le ventre rond, bientôt au septième mois de grossesse.
La Next passe une douce main dessus et son regard devient vague, les garçons peuvent presque s’attendre à ce qu’elle ne répond pas.
- J’ai une petite préférence pour les prénoms espagnols à suffixe séraphique. Michel, Samuel, Gabriel…
- Raphael, termine Aiden. Ou Uriel, quoique non, c’est féminin, ça…
- Pas Lucifer, s’il te plait, on voudrait quand même éviter que notre petit frère se fasse brimer.
Parce que bien sûr, il est de sexe masculin. Et même si Lucifer signifie porteur de lumière, donc quelque chose d’évangélique, l’ange déchu n’est pas vraiment une bonne image.
- Ni Balthazar.
- En fait, il ne te reste plus que les 4 archanges. Ou 3, vu que Samuel n’en est pas un, je crois.
- Eh bien, votre culture chrétien-judaïque me surprend agréablement… j’en ai parlé avec Whitney, voir même avec les gars. Joshua a quelque affinité avec les prénoms géographique, Whit pense que les prénoms italiens sont les meilleurs. Je n’ai toujours pas compris pourquoi. Et les garçons sont très réservés.
- En même temps, on a quoi ? Myron : prénom tiré du grec, Jordan : de l’hébreu et Tom : de l’araméen, ils n’ont pas trop intérêt à se l’a ramené.
- M’enfin, ne jugez pas par rapport à leur prénom.
- C’est pareil. Au pire, on fait comme Ruben et on laisse le gamin choisir seul quand il sera en âge.
- …Je ne sais pas.
Clairement, cette idée lui déplait.
- Qu’en pense papa ? Fait Cael pendant qu’Aiden murmure : Pas irlandais.
- Il me propose des prénoms ayant pour étymologie hébreu.
- En même temps avec son prénom…
- On ne s’en sort pas trop mal, finalement.
Les garçons se frappent dans les mains, complices. Bien après, leur père se réveille et rejoint leur conversation. Cela calme plutôt bien Cael.
Des tas de cendre trainent partout sur le sol où les vestiges d’un cercle d’alchimie sont encore inscrits dans le marbre froid. Une silhouette est affaissée au milieu de ces débris et son air perdu colle parfaitement avec le décor.
Un ombre se détache du mur où se trouve la porte, il s’approche doucement de la personne abattue. Mais il reste silencieux une fois à ses côtés. Il ne tend même pas une main quand il entend des reniflements.
- J’avais une sœur, dit Loan au bout d’un moment d’une voix brisée.
- Oui, répond seulement Adrian.
- C’est ça qui manquait à maman ? Elle a perdu cette fille qu’elle a pris du temps à élever et… elle la recherche ?
Pas de réponse.
- Comment ça se fait que personne ne se souvient d’elle ?
- Il a eu un problème avec la magie émérite des Lyu. Aucune fille n’était censée y naître.
- Et maman, alors ?
- Avant sa naissance, ton grand-père avait coupé tout lien avec les Lyu et ne pratiquait non plus la magie émérite, seulement ta mère s’en est liée à nouveau à 14 ans et t’y a enseigné. Cela aurait pu passer si elle n’avait pas eu Crystal.
- Mais elle est née, interrompt Loan son parrain.
- Oui, Crystal est née, souffle Adrian, ta mère avait fait attention à ce qu’elle n’a pas à utiliser ni à connaitre cette part de magie qui n’est pas pour elle.
Sauf qu’elle l’a utilisé et ça s’est mal passé, causant sa perte.
- Alors, elle disparut de l’existence ? De la mémoire de tous ?
- Non, je crois que ton cousin Kei se souvient d’elle, pour une raison ou une autre, mais le reste en effet, ne connaisse pas ou plus son existence.
- Et pour maman ? Est-ce que ça veut dire qu’elle ne reviendra jamais si elle ne retrouve jamais la mémoire ?
Silence.
- Je ne sais pas, Loan.
- …Dis-moi au moins où elle est…, Supplie-t-il en dernier recours.
Adrian soupire en s’agenouillant. Il croise le regard implorant de son filleul en passant une main réconfortante dans sa chevelure noire. L’adulte ne dit rien dans un premier temps, mais à force de caresse, il voit que l’enfant se détend.
- Quelque part en Chine.
Exceptionnellement, le métissé se contente de cette réponse et n’insiste pas pour plus de précision.
- Tu veux bien faire quelque chose pour moi en retour ?
Même s’il ne voit pas pourquoi il aurait à retourner la faveur, Loan hoche la tête.
- Va te réconcilier avec ton ami Cael. Il poursuit sous le regard insistant du brun : Tu as déjà trop peu de proche alors ne t’éloignes pas en plus de ceux qui te restent, d’accord ?
Considérant sérieusement la demande, Loan finit par acquiescer. Ça fait longtemps qu’il n’a plus interagit avec le blond.
Mais avant, il doit tout de même le faire.
- Dites, qu’est-ce que ma mère aime ?
Les quelques membres des 30 légendes s’échangent un regard. Loan est toujours autant obsédé par sa mère, mais cette fois-ci, ils ont senti que c’était moindre.
Mais toujours présent.
- Eh bien, si on était encore à l’âge bête d’adolescence, je dirais la coiffure, répond Elise en première.
Elle reçoit des regards blasés de la part de ses collègues et amis.
- Plutôt le football américain, non ? Relève Sean.
- La mode gothique, ajoute Rose, presque comme un jeu.
- Donc, vous êtes en train de conseiller à ce pauvre gosse de jouer au coiffeur, footballeur gothique ? Fait Tobias.
- Ah, parce qu’il comptait reproduire tout ça dans l’espoir d’attirer l’attention de sa môman ? Singe Alice.
Les adultes se tournent vers l’enfant qui les observe d’un œil torve sans rien répondre. Il tourne son regard vers son parrain pour voir s’il allait remonter le niveau ou non. Adrian sourit simplement :
- Mais tout ça, ce sont des désirs de jeunesse.
Parce qu’aujourd’hui tout ce qu’elle chérit au monde, c’est son mari et son fils, lui en l’occurrence, sa famille. Mais personne ne peut le dire parce qu’elle les a quand même quitté pour chercher le dernier membre que personne ne se souvient.
- Ses parents, dit doucement Harley. Je pense qu’il n’y a rien de plus important que sa famille pour elle.
Loan médite dessus et tente de se souvenir de ses grands-parents maternels, il les a rarement côtoyé, sa grand-mère ne connaissant pas sa mère (son cœur se serre en songeant que c’est presque le même schéma pour Crystal, sa sœur) et son grand-père qui a abandonné toute forme de magie, mais il sait que sa mère les chérit effectivement, parlant quelque fois d’eux doucement et avec amour.
- J’en suis sûr, répond-il en se tournant vers son père.
Dans la situation actuelle, cela aurait pu passer pour de l’ironie comme elle n’a pas hésité à quitter ce qui reste de sa famille, celle qu’elle devait chérir, mais le ton qu’il a employé était sincère et ses yeux sur son père tendre, alors les adultes comprennent que la tension père-fils a disparu.
Cael Finnigan regarde son vis-à-vis la bouche entrouverte, n’osant presque pas y croire à ce qui se passe sous ses yeux.
- Je peux te parler, Cael ? Lui avait demandé Loan d’une voix neutre.
Je peux te parler ? Bien sûr que oui, il peut ! Qu’il le fasse à toute heure, tout endroit, sans pause, même ! Sa voix lui a tellement manqué !
Trop ébranlé pour répondre, il se contente d’hocher la tête et suivre son métis adoré alors que celui-ci l’emmène plus loin du groupe avec lequel il parlait.
- Cael, je voulais m’excuser de m’être emporté contre toi alors que tu n’as rien de mal.
Pause, il lève la tête pour voir le blond lui sourire, tout fébrile.
- Je suis désolé aussi de t’avoir ignoré pendant tout ce temps. C’est juste… je ne me sentais vraiment pas bien, tout me contrariait et je voulais juste être seul.
Ou être accompagné de Nathaniel-foutu-Weasley, grince intérieurement Cael. Puis l’image où ils se sont embrassés lui vient et il serre brusquement ses poings.
- Pourquoi… tu restais tout le temps avec ton cousin ?
Il ne l’est pas totalement, mais ils sont liés par le sang et ce qu’ils ont fait avait tout de même une perspective incestueuse. Et Cael veut juste le faire réaliser, rien d’autre. Ce n’est absolument pas la jalousie qui le motive.
- Nath est le seul à me comprendre.
- Comprendre quoi ?
Ah, voilà, on y arrive. Est-ce qu’il sait pourquoi il a agi comme ça ?
- Que je ne me sentais pas bien, mal dans ma peau, comme si personne ne pouvait saisir la gravité de ce qui m’arrive.
- Et qu’est-ce qui t’arrive ?
Le métis lui jette un regard douteux.
- Comment ça ? Tu sais très bien, ce qui m’arrive.
- Oui, mais dis-le moi, Loan. Qu’est-ce qui se passe dans ta vie pour tu sois si bouleversé.
- Eh bien, ma famille s’est séparée et… vous ne pourrez jamais concevoir ce qui se passe, parce que moi-même je n’arrive toujours pas à le réaliser.
L’hésitation s’est bien fait entendre, mais Cael n’allait pas abandonner.
- Tu n’as toujours pas compris, Loan ? Depuis le début de l’année, tu as toujours été froid et distant, allant même te défouler sur les autres, mais pas un moment tu n’as blâmé ta mère. Même si c’est son départ qui a causé ton chamboulement, jamais tu ne lui en as voulu.
- C’est parce qu’elle a besoin… de temps.
Il se rend compte qu’en fait cette excuse parait tellement plat pour les gens qui ne sont pas au courant de la situation, incluant sa mère, Claire ne sait elle-même pas pourquoi elle a quitté ce qui restait de sa famille pour partir à la recherche d’une illusion. De cette fille dont elle n’est même pas au courant de l’existence.
- Je sais, tu le dis tout le temps, mais toi aussi, donnes en toi. Prends du recule et regarde autour de toi, tu n’es pas le seul à souffrir.
Lentement, il tend sa main vers la sienne et l’effleure tendrement. Loan le regarde faire sans rien dire, avant d’acquiescer.
- Je sais.
Cette réponse lui fait plus plaisir que prévu et il ose pousser son exploration plus loin en remontant sa main jusqu’à la joue.
- Je suis content que tu me sois revenu.
- Moi aussi. Je regrette de m’être emporté sur toi. Je t’aime bien.
Surpris de cet aveu, le blond se fige et sent son cœur rater un battement. Mais dans sa tête, il se fait une promesse : Un jour, je te jure que je te ferai changer ces mots pour trois autres. Pour l’instant, il lui fait juste un sourire avant de le prendre possessivement dans ses bras, quand il voit une tête blonde apparaitre au coin du couloir. Il sourit supérieurement à Nathaniel Weasley qui les observe avec un regard noir.
Tout est bien qui finit bien, chaque chose est à sa place.
Quoique, non, pas tout. Parce qu’il y a des nouveautés. Des changements.
Le 4 juillet 2042, alors que le père et fils Potter cadet d’Harry Potter allaient fêter l’anniversaire d’Albus Potter, ils sont appelés soudainement par Tobias Finnigan.
Confus, ils les rejoignent à Saint-Mangouste même si on les rassure que les Finnigan n’ont rien. Au contraire, ils sont même béats à leur arrivé. Cael saute même dans les bras de son amoureux –qui ne sait toujours pas ses sentiments- en les voyants. Aiden les regarde juste avec un large sourire et répond à leur professeur de métamorphose quand il leur demande où se trouve leur père.
- Il est dans la chambre, entrez !
Sans attendre de répondre, le roux le pousse à l’intérieur tout comme le blond qui y attire le métis. Ils sont sommés de faire silence alors que Tobias leur sourit. Il tient la main de sa femme –mariés depuis les vacances de pâques- et lui passe de temps en temps ses cheveux derrière ses oreilles, au vu de l’état de fatigue de la seule femme présente, Loan comprit rapidement.
- Vous avez mis bas.
Eh oui, en effet, le dur labeur qu’est l’accouchement s’est terminé un peu plus tôt et aussitôt que le nouveau Finnigan fut au monde, ceux-là ont appelé les Potter.
- Félicitation ! Sourit Albus, ému.
Il prend son ami Tobias dans ses bras pour le soutenir que le nouvellement père retourne avec force. Loan s’approche silencieusement du berceau.
- Il s’appelle Castiel, ça vient du latin et ça signifie Petit Château ou alors J’ai demandé à Dieu, lui informe doucement Cael.
- Prénom évangélique, renseigne Aiden.
Son frère et lui échangent un sourire de connivence. Leur private Joke. De leur côté, Tobias croise le regard de sa femme et ils hochent la tête, en accord.
- Tu veux le porter ? Demande doucement Tobias à son étudiant.
Pris au dépourvu, Loan recule brusquement lorsque le père s’approche du nouveau-né, le blond le prend tendrement dans ses bras au même instant où le bambin s’agite et laisse échapper un vagissement. Tobie tend le nourrisson et le métis se voit obligé de le porter dans ses bras.
Le bébé remue avant de poser ses yeux grands ouverts sur lui. Alors qu’ils sont de la même verte bouteille que son paternel, une fois qu’il a échangé un long regard avec l’adolescent, ses prunelles prennent doucement la même couleur que son porteur, d’un magnifique vairon vert-marron indéterminé.
- Un métamorphomage, surprenant, commente Albus de là où il est.
- Content de voir que ton filleul t’apprécie, sourit Tobias, j’espère que tu donneras de bon exemple en tant que parrain.
Les Potter ne peuvent que regarder cette nouvelle famille avec de gros yeux.
- Qu’est-ce que… Tobie ? Bafouille Albus, déconcerté.
- Je sais que pour vous, rien n’est plus important que la famille, alors je vous fais un cadeau en vous permettant de pouvoir vous occuper d’un nouveau-né comme si c’est le vôtre.
- … Mais du coup, c’est surtout un cadeau pour Loan.
- Mais tu as un petit filleul, ce n’est pas beau comme cadeau ?
Albus rit avant de consentir, mais ce qui lui fait le plus plaisir est la réponse de son fils. Qui ne dit pas grand-chose.
- C’est super, hein, Loan ? Chuchote Cael.
- Hm...
Parce que sa réaction est suffisante. Loan, les larmes aux yeux, dépose un baiser papillon sur le petit poing que tend l’enfant dans ses bras. Une vie qu’il chérira comme si c’est sa famille. À lui.
Fin
Bonus :
- C’est cool tout ça ! S’exclame Aiden quand c’est l’heure de rentrer. Papa a Thelma et vice-versa, tu te rapproches de Loan et celui-ci a Cas, mais moi dans tout ça ? … Il faut que je me trouve une vie. Un projet ambiteux.
Fin (la vraie).