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Chapitre 4

Point de vue : Claire

L’histoire

 31 Octobre – début novembre

                Ça avait commencé le jour de mon anniversaire.

Clara m’avait offert un cadeau qui ne peut en ressortir que de sa tête. Un kigurumi de squelette pour la fête des morts dans un mois. Elle voulait reprendre la revanche qu’elle ne l’avait pas fait l’année dernière. En m’entraînant avec. Mais à son grand dam, j’étais la seule qui a fini par céder, Harley et Chloé l’ont menacé de maléfice et malédiction si elle continuait d’insister.

Et donc le 31 octobre, je me coltine le pyjama noir avec pour motif des os blancs qui forment le squelette d’un être humain et à l’aide de la capuche, je peux carrément avoir le crâne. Elle? Elle était venue en mort. Je reformule : son costume était la Mort, c’est plus compréhensible ? De sa longue cape noire, qui traîne au sol, et du grand capuchon, qui permet de recouvrir l’intégralité de son visage, on ne pouvait reconnaitre la personne qui se cachait en dessous du masque de la mort si on ne déclinait pas son identité. Et heureusement –ou malheureusement- que je suis là pour venir en aide à ces pauvres âmes.

« Mais arrête de me dévoiler avant que je n’ai le temps de faire ce que j’ai à faire ! » La blonde finit par se plaindre.

« Oh, crois-moi, tu me remercieras… »

Car ses cibles pour son plan –assez foireux, je dois l’avouer- ne sont pas ceux qu’il faudrait affronter. Et bien sûr, je ne vais rien dire quand elle m’accusera de me venger de m’avoir forcé à venir déguiser, parce que ce n’est pas tout à fait faux, je l’admets, mais je le fais vraiment pour son bien ! Ben, franchement, aller effrayer Kurt déguisé en mort, ce n’est pas une bonne idée. Et surtout que la dame n’avait que moyennement apprécier son déguisement dont le masque lui donnait surtout envie de le briser. J’ai cru comprendre que ça avait à voir avec des mangemorts. Bref, restant courtoise, elle prit l’accessoire de mon amie et les métamorphosa en un masque sans visage, qui ne laissait filtrer ni trous pour qu’elle puisse savoir où se diriger, ni pour le nez afin de respirer.

Clara ne s’en plaignit pas. Harley et Chloé nous rejoignent aux pieds des escaliers pour entrer dans la grande salle et débuter les festivités.

« Pff, heureusement que vous n’êtes que déguisées », s’exprime Chloé « J’espère que l’idée d’aller de faire des portes à portes ne vous a pas effleurer. »

« Oh non, il ne fallait pas le dire ! » je me plains.

« Oh, c’est une très bonne idée ! » s’exclame Clara en même temps. « On le fait, l’année prochaine ? Toutes déguisées, hein ! »

« Génial, superbe idée. » ironise Harley, enfin je crois. « Tu ne comptes tout de même pas revenir avec cette cape hideuse ? »

« Non, bien sûr, on aura largement le choix en faisant un tour dans les prêt à porter de pré-au-lard. »

Oh là, c’est bon, elle est vraiment à fond, ça ne l’a pas simplement effleuré, elle va le faire. En nous entraînant avec ! Je crois qu’on soupire toutes les trois en pénétrant dans la grande salle où la musique était bien forte.

Je me souviens que l’année dernière, ce n’était pas aussi festif, il y avait certes de l’ambiance, mais les élèves étaient pour la plupart à leur table pour la grande majorité de la soirée. Et la musique était plus sinistre et classique. Tandis que là, elle était si bruyante avec les tubes des Bizzar’ sister qu’on s’entendait à peine. Il y avait même un jeu de lumière, qui est projeté à partir du jack o’lanterne en l’air de la taille d’un chaudron standard, on ne voyait les autres plus qu’en orange. Mais ça ne semblait déranger personne, dont certains ont déjà commencé à grignoter les amuses bouches sur les tables. Au début, on s’était mis d’accord pour que chacune restait d’abord sur sa table, puis on s’est promis qu’au cours de la soirée, on se rejoindra l’une l’autre pour plus de fun.

Je rejoins donc la table des Serdaigle pendant que les filles font de même de leur côté. En repérant ma cible, je m’installe à côté d’Emil qui tient encore un de ses livres sur les enquêtes. Je ne m’y intéresse que moyennement, mais le temps que nous soyons servi, j’y jette des regards curieux à intervalle régulier. En face de moi, j’entends un écho constant, c’est la cuillère qu’Alice tape contre le bois de la table. Elle semble d’humeur assez sombre, a-t-elle faim ? Ou est-elle rongée par des pensées obscures qui lui mime le moral ? Je songerai plus à la deuxième option, vu qu’elle n’a pas touché au repas quand celui-ci est apparu sous nos yeux. Fabuleux, d’ailleurs, les elfes de maisons se sont encore énormément investis. Pendant le repas, je remarque que les jumeaux SCAMANDER –des vrais, pas comme les Stewart qui sont cousins bien sûr- font plus conspirer entre eux que prendre le bon diner sous leur nez, jusqu’à ce que la nouvelle préfète les rappelle à l’ordre –Julianna Higgs étant démis de son poste, l’année précédente étant sa dernière.

Et donc, comme promis, à la deuxième moitié de la soirée, je passe le temps avec les filles en passant un peu partout pour avoir notre part de friandise qui se distribuaient dans tous les coins.

La soirée a été pour les premières et deuxièmes années plus ou moins court, devant retourner au dortoir à 23 heures. Cette fois-ci, je n’ai pas fait l’erreur de traîner encore un peu dans les couloirs. Même si ça avait été le début de notre amitié, j’ai eu une sacré frousse en entendant la menace, pire que la soirée en elle-même, et même si aujourd’hui, j’entends dorénavant tous les jours cette voix, dès que le professeur Malone parle je ne peux m’empêcher de trembler.

Avec les filles, on se sépare au rez-de-chaussée, étant donné que deux d’entre nous ont le dortoir en bas, je fais un bout de chemin avec Harley avant de nous aussi prendre chacun un chemin. J’étais sur le point de grimper les marches me menant au troisième avant de me figer en entendant sa voix.

« J’ignore ce que vous lui voulez mais je ne vais pas me répéter, mademoiselle Heartfilia. Il est 23 heures passés, et c’est le couvre-feu que la direction a instauré pour les élèves des deux premières années, or vous êtes encore là à traînasser pour une raison ou une autre. Deux solutions s’impose à vous : ou vous voulez vraiment voir la directrice et en ce cas-là, je vous pose une colle pour m’avoir désobéit ou vous abandonnez cette idée pour ce soir et je vous raccompagne dans votre dortoir et faites vite je n’ai pas que ça à faire ! »

Je me fige, en constatant que la voix aigu et presque doucereuse appartient à la professeure Kurt qui s’adresse véhément à Alice. Mais que fait-elle devant la gargouille en pierre du bureau de la directrice ?

« Je… » Sa voix est hésitante. « Je vais retourner dans mon dortoir. »

« Bon choix, allons-y sans perdre de temps. »

Tenant parole, elle pousse ma camarade dans ma direction, ne sachant pas quoi et étant surement inutile de me dépêcher, je les attends devant les escaliers.

« Eh bien, mademoiselle Lyu, vous traînez aussi après le couvre-feu ? »

« Non, non, je…euh… »

Je ne trouve pas d’excuse immédiat et ayant pitié –ou juste agacée et voulant en finir rapidement- elle me demande de les suivre sans faire d’histoire ce que je fais très bien. Je marche à côté d’Alice et lui jette des regards interrogatifs qu’elle me répond par d’autre, comme voulant me dire quelque chose, en privé.

Notre professeur de métamorphose nous emmène jusqu’à devant notre heurtoir en forme d’aigle et répond à l’énigme avant de nous laisser en nous jetant un regard d’avertissement. Pas de problème, on ne ressortira pas de sitôt. Enfin, en ce qui me concerne. Alice reste silencieuse devant l’âtre allumé.

« Alors, qu’est-ce que tu lui voulais à la directrice ? »

« Les cours d’histoire sont mal conçu, le professeur enseigne mal et les résultats scolaires sont mauvais. »

Eh ben, elle est cash. Mais elle n’a pas tout à fait tort pour les deux premiers points, cependant la dernière.

« Ne sois pas si dure. Tout le monde n’a pas de si mauvais résultat. »

Du moins pas dans mon entourage, puisqu’évidemment c’est moi qui me charge de faire des cours de rattrapage et je l’anime beaucoup plus que l’original.

« Ça, c’est que tu crois ! J’ai cherché dans les annales et ai comparé les notes obtenues dans cette matière depuis le siècle dernier. Et devine quoi ? Pas plus d’un tiers n’a réussi à obtenir des acceptables ! C’est la matière ayant les résultats les plus bas ! »

Elle est sacrément remontée, dis donc.

« Les seules qui ont pu obtenir des résultats satisfaisantes au cours des dernières années ont juste un simple A ! Ça ne peut plus continuer comme ça ! Il y a des gens qui ont besoin de cette matière pour leur futur métier, mais avec cet enseignement foireux, on n’a plus d’avenir ! »

Et elle devient vulgaire. Mince. Elle prend une respiration, je sens qu’elle n’a pas terminée. En effet, elle reprend.

« J’ai fait encore d’autre recherche et visiblement, Poudlard est la seule école à avoir un pourcentage si faible de réussite en Histoire de la magie. Et ça mine beaucoup sur les taux de réussite en générale. Du coup, on se retrouve à être la seule école de magie avec des matières qui ont triste mine. C’est vraiment injuste, non ? Juste parce que c’est un fantôme qui nous enseigne et qui n’est même pas fichu de rendre son cours intéressants ! »

Un silence s’installe après le discours péjoratif qu’elle vient de faire sur les cours d’Histoire de la magie. Eh ben, j’ignorai qu’elle pensait ainsi. Maintenant que je regarde sous cet angle, je suis bien obligé de me rendre à l’évidence et rejoindre son avis. Si en effet, cette matière craint tant que ça, on doit faire quelque chose, mais quoi ? Elle qui tout à l’heure a voulu voir la directrice, c’était donc pour cette raison ? Mais elle comptait faire quoi au juste ? Lui émettre ces statistiques qu’elle vient de m’énoncer et la convaincre qu’il faut décidément remplacer notre professeur fantôme et vite ? Ça m’étonnerait qu’elle y soit intéressée par ces broutilles sans importance. Des tas de générations ont pu s’en sortir avec ce prof à mourir d’ennui –ha, ha, mauvais jeu de mot- et ce n’est pas avec l’intervention d’une pauvre deuxième année qu’elle va y changer quelque chose. Quoique, si nous sommes assez nombreux pour en faire un soulèvement, peut-être aurons un résultat plus concluant ? Non ?

« J’ai très bien compris tes ressentiments, Alice et je les partage », j'ai l'impression de m’exprimer comme un psychomage qui s’adresse à son patient « Cependant, ça m’étonnerait qu’avec ta seule personne tu pourras y changer quelque chose. J’ai eu l’idée que si nous étions plusieurs, ça changerait la donne. Alors, prenons avec nous ceux qui partagent aussi cette pensée et ensemble, voyons ce qu’on peut y faire, tu es d’accord ? »

Elle réfléchit rapidement à ce que cela encourrait. Certes, cela va encore lui prendre du temps, puisque cela doit au moins faire deux mois qu’elle a déjà tout préparé toute seule et maintenant elle doit tout remettre à plus tard, mais elle ne peut écarter le fait qu’elle était bien seule. Elle acquiesça donc.

« Merci, Claire. C’est gentil de vouloir m’aider. »

« Ne t’inquiète pas, cette bataille, tu ne la mèneras pas seule », je lui assure.

Et je n’ai qu’une seule parole.

Le lendemain, après la fête d’halloween, on a comme une rechute où les élèves reprennent leur sérieux en se levant tôt pour aller sagement en cours. Je fais partie de ceux-la, mais en ayant une idée bien précise en tête. Avant qu’on aille tous en cours, de façon à être séparé en deux, je demande aux filles une réunion à l’heure de la pause déjeuner. Elles sont curieuses mais ne posent pas de question.

Durant les cours de la matinée, j’étais plus préoccupée par ce que j’avais à leur dire que par les cours en eux-mêmes. C’est pourquoi, j’ai ce qu’on appelle une brusque descente sur terre en entendant la consigne en métamorphose, qu’on partage une heure avec les Serpentard, et donc Chloé.

« Pour cette heure, je vais vous demander de rédiger les propriétés importants en ce qui consiste à métamorphoser des fils d’aiguille en mines. Et j’espère qu’aucun d’entre vous ne vienne me dire qu’il ignore de quoi il s’agit », nous prévient-elle en me jetant un regard en particulier. « Bien, commencez ! »

Et elle nous laisse, là, dans sa salle, tandis qu’elle va s’occuper ailleurs. Je reste figer comme j’ai pu l’être l’année dernière avant de me ridiculiser et je sens que ça va encore être le cas, tout de suite.

« Non, franchement qui irait demander ce qu’est une mine ? » marmotte Emil.

Puis il se fige. Avant de se tourner lentement vers moi, le regard incertain.

« Dis-moi que tu le sais. » Pour un peu, j’aurai pu entendre le « s’il te plait »

« …Tu vas rire, mais… non, je ne sais pas. »

Et voilà, ce que je redoutais arriva. Toute la classe cesse de gratter leur parchemin de leur plume et se tourne vers moi. Mes camarades, dont deux né-moldus et un sang-mêlé, me regardent avec de gros yeux, presque avec pitié –le comble-, tandis que l’autre partie de la classe ont des regards moqueurs, dont un qui ne s’est pas gêné pour ricaner ouvertement. Ionise est juste assis à la double table à côté du nôtre, mais de l’autre rangé et même en se cachant dans ses bras, j’ai l’impression qu’il rigole à gorge déployé. Je me sens rougir. Emil soupire.

« Alors, euh…, une mine est une sorte d’encre pour plume, mais dans ce cas-là, elle sert pour un critérium. » voyant que j’allais parler, il enchaîne ne devinant ce que j’allai dire « Et un critérium est un crayon ayant un mécanisme qui permet de s’écrire avec des mines. »

Je reste silencieuse en méditant sur ce qu’il vient de m’expliquer, mais voyant que je ne réagis toujours pas, Ionise se remet à rire, suivit de peu par Tobias. Je vois des sourires sur les visages de mes camarades et cela m’empêche de me concentrer. Ayant finalement pitié, Ionise sort de son sac ce que je pensais au début être un stylo. Il en avait parfaitement la forme. Mais je suis loin.

« Tiens, Emil, ça avancerait les choses », l’envoie-t-il à son cousin.

Mon camarade attrape l’objet en vol et me le montre. Oui, ça ressemble vraiment beaucoup à un stylo, bien que très mince.

« Ça, c’est un critérium. »

« Ah bon ? » je m’étonne « Qu’est-ce que c’est différent d’un crayon ! »

Je me souviens de la forme un peu géométrique du bout de bois –plus petit que ma baguette, pour sur- dont le centre possède la dite mine qu’il m’a donné.

« En effet, comme je l’ai dit à l’instant, les critériums ou portemine sont dotés d’un mécanisme qui dès qu’on appuie ici, fait sortir la mine. »

Il me fait une démonstration et j’en reste époustouflé.

« Franchement, je ne vois pas quelle utilité cela peut avoir. Écrire avec des plumes est beaucoup plus élégant. »

La voix de Malefoy claque. Encore, décidément, il ne peut pas s’empêcher de critiquer tout ce qui concerne les moldu, lui.

« C’est vrai, on ne peut décemment pas le nier. Et il faut avouer que les propriétaires de ces mécanismes modernes –moldu donc- n’ont vraiment pas une très jolie écriture, pour ne pas dire hideux », confirme Emil.

« Mais tout ceci est surtout une question de confort. Sachant qu’ils n’ont pas de magie, ils le compensent par la technologie et fabriquent donc ces objets qui leur facilitent la vie, car il faut avouer que c’est très chiant de se trimballer avec un pot d’encre et une plume, surtout quand ce dernier se casse », argumente Io.

Scorpius Malfoy analyse ce que lui dit son condisciple en silence.

« Et puis, avec les stylos ou crayons des moldu on peut facilement faire du penspinning », à Wyatt d’ajouter.

« Qu’est-ce que c’est encore que ça ? » demanda Tyler Zabini.

A notre plus grande surprise. S’y intéresserait-il ? On n'en saura rien tant qu’il le ne montre pas au moins une expression. Et ce ne sera pas demain la veille.

« Ça… », Commença Tobias.

La porte qui nous séparait de la prof s’ouvrit brusquement. On se met au travail.

« C’est une autre histoire », chuchota Ionise, mystérieusement.

Au moins, j’ai pu apprendre de nouvelle chose et ce penspinning m’attire d’autant plus que les garçons restent si énigmatique là-dessus. Grâce à cette heure, je me concentre à nouveau au cours sans penser à notre réunion.

Avant le moment. On se rejoint avant d’accéder à la grande salle. On a le temps avant notre prochain cours dans une heure et demie, on mangera une fois avoir parlé. De ce problème problématique. Dans notre salle attribuée.

« Donc, qu’est-ce que tu voulais dire ? » débute Chloé, soupçonneuse.

« Eh bien, nous savez les cours d’histoire qu’on fait en parallèle de ceux de Binns ? » je tâte le terrain, inutilement.

Elles me regardent presque comme si j’étais demeurée. Presque, parce qu’elles savent que quand je commence une phrase ainsi, c’est que je veux aborder quelque chose qui me tient plus ou moins à cœur.

« Oui, et ? Tu veux l’annuler ? » Hasarde Harley.

« Non, non, au contraire ! »

« Tu veux le prolonger ? » s’horrifie Clara.

« Non plus et si vous me laissez en placer une, vous saurez plus vite ! » j’hausse le ton, repérant le calme je reprends « Donc, je disais que c’est bien parce que nous avons des complications à étudier l’Histoire qu’on en est arrivé à avoir cette heure en plus, qui pour moi est un plaisir puisqu’on passe du temps ensemble, bien que j’ignore si c’est votre cas, bref, tout ça pour dire qu’il ne serait pas plus simple d’avoir des vrais cours d’histoire ? Avec un vrai prof je veux dire, parce que c’est bien sympa de faire des cours nous-mêmes mais je ne suis pas sûr qu’on puisse continuer à se débrouiller au moment de passer les Buses. Ce serait très handicapant, non ? »

Elles laissent un silence après mon explication et réfléchissent à ce que j’essaye de leur dire. Chloé a même les sourcils froncés.

« Donc, tu veux qu’on arrête ces heures supplémentaires ? » demande-t-elle.

« Je veux plutôt vous faire comprendre qu’il serait peut-être temps de faire… disons… un changement de professeur ? »

Un autre silence s’abat. Étrangement, elle parait plus lourde cette fois-ci.

« Je ne suis pas sûr de comprendre », lâche Harley.

« Attends, attends, tu veux que, nous, des deuxièmes années, fassions quelque chose pour faire changer le personnel de cette école ? » résume Clara.

Je laisse quelque seconde s’écouler pour qu’Harley et Chloé se rendent compte de ce qu’elle vient de dire.

« Oui, c’est ce que je suis en train de vous dire, dans les grandes lignes. »

Ça a l’effet d’une bombe. Chloé me regarde incrédule en applaudissant.

« Beau projet. J’aurai très bien pu te soutenir mais où veux-tu qu’on aille dégoter ce prof qui va reprendre ce poste à mourir d’ennui ? »

« Et surtout qui le voudra ? » poursuit Harley, hargneusement.

« Et tu crois vraiment que la directrice va laisser passer ça ? »

Et voilà, les questions fusent et je n’ai aucune réponse à leur apporter. Je reste silencieuse sous leur assaut.

« Je ne dis pas qu’on doit agir seules… »

« Et comment veux-tu le faire dégager, le Fantômas ? Tu ne crois tout de même pas que nombre d’élèves ayant passé sous son enseignement ont dû tenté ? » Me coupe véhément Chloé.

« Ben, je me suis dit qu’avec de la ruse et de l’audace, on pouvait en faire quelque chose », je chuchote.

Maintenant que je repense à cette formulation, je trouve que je relègue trop de responsabilité sur Chloé et Harley, là.

« Et d’où viendra la tactique de ce plan, tiens ? » réplique d’ailleurs la rouge.

« Franchement, Claire, tu expose des choses comme ça, sans rien préparer à l’avance et tu veux qu’on en fasse quoi de tout ça ? »

« Tu aurais au moins pu organiser les choses ? »

Je reste silencieuse sous ces reproches. Elles n’ont pas torts, mais ce n’était qu’une proposition, pourquoi réagissent-elles avec tant de fougue ? Peut-être aurais-je dû faire comme Alice et émettre des faits avant d’en venir au sujet ?

« D’accord, c’est vrai, je n’ai rien prévu, mais je voulais juste m’exprimer à ce propos. J’ai dernièrement découvert que pratiquement plus de le moitié des élèves ratent cette épreuve et des douze écoles de magie existant au monde, le nôtre est le seul à avoir des résultats si faible depuis de bonne décennie. Tout ça parce que nous avons un professeur non apte à cette enseignement. »

Elles restent assez perplexes quant à mes sources. Je continue.

« Je ne dis pas ça sur un coup de tête, certes, nous ne sommes que des enfants et les adultes ne vont probablement pas nous prendre au sérieux, mais franchement, vous le voulez, vous, rester encore trois heures avec ce revenants qui n’a pas pu aller à l’au-delà parce qu’il ne s’est pas rendu compte de sa mort ? Je ne dis pas que nous allons le réussir, mais on peut toujours essayer, après tout qui ne tente rien n’a rien, n’est-ce pas ? »

Je leur laisse le temps d’assimiler. Mais pour qu’elles me rejoignent définitivement, je devais ajouter un dernier argument.

« Et puis, peut-être qu’on parviendra à notre fin. Harry Potter de son côté à bien combattu un basilic à notre âge. »

Ça leur arrache un sourire, voir même un petit rire.

« Oui, mais lui, il est spécial. Il n’a jamais été normal, je veux dire », réplique Harley, qui adule plus son père qu’autrui.

« Et surtout, c’est un garçon. Ne sont-ce pas les meilleurs pour être des héros ? » Rétorqua Chloé.

« C’est pour ça qu’il serait temps de briser les clichés », je riposte « Et puis, Hermione Granger a eu ses exploits quand elle avait notre âge…par exemple. »

« Elle s’est fait pétrifié par le basilic », rappela Clara.

« Certes, mais elle avait trouvé la solution avant. »

« Ouais, quelle prouesse qu’elle n’ait même pas eu le temps de le dire à ses compagnons », rajouta Harley.

« Harry a dû le deviner par lui-même », enchaîne Chloé.

Je gonfle mes joues en constatant qu’elles ne voulaient pas me donner raison.

« Donc, vous ne voulez pas m’aider ? »

Elles se regardent avant de se tourner vers moi, dans un même temps.

« Mais non, on n’a pas dit ça. »

« Et puis, ça peut être intéressant, comme mission. »

« Génial, je vous adore ! »

« Mais oui, ne savais-tu pas qu’on était géniale en traînant avec dès la première fois ? » s’auto-complimente Clara.

« Mais il faut qu’on ait un plan. Nous ne pouvons tout de même pas débarquer dans son bureau, si encore il en a, et lui dire de s’en aller. »

« Je doute même que ça fonctionne. »

« Bien sûr, j’en ai parfaitement conscience. Je me dis même qu’il faut qu’on trouve un remplaçant avant tout. »

« En effet, c’est un point primordial. Mais aussi, tu veux toujours t’occuper pour cette semaine? » Demande d’un coup Chloé, désignant par-là les heures sup.

« Bien sûr ! Ah, d’ailleurs, comme il arrive que certain de nos cours d’histoire supplémentaire tombe sur le mercredi je me disais qu’on pourrait inviter des élèves en difficultés. Le temps qu’on mette ce plan en préparation. »

« Tu veux encore t’occuper d’autre personne en plus de ces deux énergumènes ? » s’étonne Chloé montrant les deux filles derrière elle.

« Eh, tu en as toi aussi besoin ! »

« Pas du tout, je suis le cours, moi. Enfin, avec le manuel, mais je suis. »

Après cette petite blague, l’atmosphère se détend, on règle encore quelque petit détail et se décide d’en reparler plus tard, après manger et notre dernière cours de la journée, qui s’avère être le sortilège où l’on se retrouve toutes ensemble.

Le lendemain, alors qu’on a rapidement peaufiné sur les étapes à procéder, pas pour tout de suite bien sûr, j’ai à nouveau cours de métamorphose où cette fois-ci on devrait plus se centrer sur la pratique, en compagnie des Poufsouffle.

« Comme hier, vous avez noté avec les moindres détails les propriétés d’une métamorphose de fils d’aiguilles en mines. Je vais aujourd’hui vous laissez à la pratique. Faites donc. »

A son signal, tout le monde se met en action. Il s’agit ici de métamorphose en nombre, ce qui augmente le niveau de l’an passé où nous transfigurons simplement un objet en une autre, mais unique.

Je trouve que je me débrouille, bien qu’étrangement mes mines aient pris la couleur rouge. Rose, quant à elle, produit des mines en surnombre, dépassant largement le nombre de fil qui lui était donné au début. Albus se débrouille évidemment très bien, Wyatt a plus de mal par contre. De leur côté, les jaunes se débrouillent aussi très bien, mais c’est Clara…

« Hum, ils m’ont l’air normaux… » Commente Kenneth.

Célia tourne autour de cette transformation et le regarde sous tous les coutures.

« Evidement qu’ils le sont, je réussis parfaitement bien mes métamorphoses », déclara mon amie en donnant une tape à sa camarade pour l’arrêter de se déplacer.

« Je ne sais pas s’ils le seront toujours une fois dans une portemine », murmure Luxchana pour elle-même. Mais Célia l’entend.

« Oh, je peux le vérifier ! » elle en saisit une et… « Arg! Ça pique ! »

Elle lève haut son index qui laisse apparait un point rouge, du sang.

« Mais non, tu l’as juste mal tenu ! » réagit Clara. Elle en prend une aussi.

Avant de pousser également un cri en levant son doigt en l’air. Pratiquement, tous les regards sont sur le groupe.

« Pour avoir perturbé l’ordre des groupes, je vous enlève deux points, mademoiselle Castaglione. »

Le timbre menaçant de la prof fait bougonner Clara alors que Rose lui applique un sort de soin. Pour le reste de la journée, on a les mêmes cours en commun avec eux, jusqu’à l’après-midi ou toutes les maisons se rejoignent pour deux heures passionnants sur les sortilèges.

Le jour suivant est celui qu’appréhende Alice depuis le début de l’année. En fait, j’ai compris dernièrement que c’était plus pour Alfred que pour elle-même, parce que c’est lui qui est en difficulté ici. Et je finis par comprendre pourquoi. Le roux tout joyeux, tout de bon sentiment n’est en fait pas intéressé par les choses quand ils ne sont pas intéressants, tout simplement. Durant trois heures, où avec les filles, on s’est dispersée pour la première fois lors de ce cours –ce qui en a surpris plus d’un- pour repérer ceux qui était en difficulté. Je suis donc au deuxième rang, derrière tous les sérieux de la promotion, bien que ce ne fut qu’une fois sur place que je remarque ce n’est pas vraiment le cas –Albus est en fait le seul qui ne suit pas le cours, mais préfère lire le manuel comme Chloé-. Clara s’installe à côté de Célia qui accueille ce changement avec plaisir, Harley se met à côté de Ruben et Chloé de Kylian. Après avoir échangé la place contre Emil pour m’installer à côté d’Ionise, le méchant qui ne veut pas se déplacer sans rien en échange, j’observe les moindres fait et geste d’Alfred.

Et je me rends compte que lors des moments ennuyant et barbants, pour ne pas s’endormir comme les autres –peut-être par respect, quoique non, ou peut-être est-ce dû au fait qu’il dit que l’être humain ne doit pas dépasser plus d’heure de sommeil qu’il lui est donné- alors il profite de ces moments d’éveil et d’ennui pour faire autre chose, comme des origami et ça, c’est quelque chose que j’apprécie. Et c’est pendant qu’il pliait une feuille toute blanche –étrange- qu’il se redresse en disant à son voisin qu’il sent quelque chose comme si on l’épiait. Et sans perdre de temps, je mets mes lunettes ensorcelés et fais comme si je lis le tableau, alors que c’est bien moi qui l’observe. Alice, sa voisine, lui dit que c’est peut-être son imagination –surement n’a-t-elle pas eu le cœur de dire que ça aurait pu être le prof afin l’obliger de suivre le cours, sachant à quel risque il encoure s’il écoutait ne serait-ce qu’un mot de la part du vieux professeur.

Bref, avec toutes ces informations, j’ai pu comprendre que mon condisciple est en effet un cas désespéré en Histoire et qu’il lui faut des cours de rattrapage d’urgence avant qu’on ne se décide de mettre notre plan en exécution, car il sera le premier à en souffrir et d’y pâtir question note.

À la pause de 10 heures, avec les filles, on fait un rapide mise en point et on a pu déterminer nos potentiels futur camarades pour les prochaines heures de rattrapage. À la fin des trois heures, je pars faire ma proposition à Alfred et les filles font de même de leur côté avec leur cible. Sauf Chloé, dont elle n’a pas jugé utile.

« Alfred ? » Il se tourne vers moi après avoir rangé ses affaires. « Tu es occupé tout de suite ? J’aimerai te proposer une offre qui pourrait bien t’intéresser »

Ainsi, nous ne sommes aujourd’hui pas quatre, comme d’habitude, mais huit. Quatre autres personnes se sont ajoutées. Nous nous dirigeons vers notre salle attitrée et commençons les cours de rattrapage.

« Nous allons d’abord reprendre le cours qui vient de se faire. » je leur annonce. « Puis je donnerai au fur à mesure des explications sur les cours précédents. »

Je m’arrête pour m’assurer de l’attention de mon auditeur. Les regards neutres de Clara et Harley sur le côté, Chloé dans le coin de la pièce feuilletant déjà la suite du programme et mes quatre nouveaux apprentis. Alice Heartfilia, qui était là plus pour une inspection qu’autre chose, Alfred Jeskar, qui a sérieusement besoin de ces cours, Ruben Smith, qui me regard curieusement, et Célia Davison. Voyant qu’ils ont tous suivi, je débute le résumé du cours de l’instant.

« C’est ainsi que la place des géants dans la société magique fut réglé ! » j’achève toute contente. « Bon, des questions ? »

Clara et Harley ont compris le cours et secouent la tête. Alice et Ruben semblent satisfaits cette demi-heure qui vient de passer, seuls Alfred et Célia semblent un peu fragiles. Célia est un peu perdue mais arrive à se retrouver parmi ses fiches, mais Alfred m’inquiète un peu.

« Heu, tu peux me rappeler ce qui diffèrent du cas des gobelins ? »

Euh, oh là ! Il est partit loin, lui. Bon, puisqu’il n’a pas encore compris, je reprends mes explications. Comme les reste ont jugé qu’ils avaient beaucoup plus appris ici qu’en trois heures, ils ont fini par nous quitter pendant que je termine d’expliquer à Alfred.

« Ah, d’accord… »

« Oui, il ne faut pas les confondre et comprendre chacun leur mode. Et apparence surtout. »

Il finit par me remercier de mon enseignement avant de ranger ses affaires pour se mettre en chemin vers la grande salle. Alice reste un peu après son départ, où elle lui assure de le rattraper, avant elle devait me parler.

« Oh, Claire, c’était une très bonne idée que tu as eu ! Merci, les filles  pour votre aide ! » Remercie-t-elle.

« On n’a pas fait grand-chose, nous. »

« En tout cas, c’est sympa d’avoir accordé de votre temps ! En plus, ça aide beaucoup. J’espère que tu pourras assurer jusqu’à la fin de l’année !

« Je peux en effet, mais ce ne sera que jusqu’à cette année. »

« Pas de problème, tu en fais déjà beaucoup ! »

« Mais non, ce n’est rien ! Nous avons juste du temps libres, autant les utiliser proprement ! » Je me justifie.

« Si seulement tout le monde pouvait penser comme toi… bon, je ne vous dérange pas plus, à plus tard ! » Nous salue-t-elle gaiment.

À son départ, je pousse un soupir en m’installant sur une chaise en bois à côté.

« Je suis fatiguée ! Je ne pensais pas que ça pouvait être si épuisant de faire des cours, à plusieurs surtouts ! »

« Ne te prends pas trop la tête, tu n’es pas obligée de les prendre tous les mercredis après les cours originaux », me rassure Chloé.

« Surtout que le cerveau va finir par saturer, quatre heures le même cours. »

« Oui, j’ai bien hâte de mettre en exécution le plan. »

« Tu vas être contente, mais devra aussi être patiente, j’ai envoyé un missive à mon père pour qu’il nous trouve le profil type sans en toucher sur les circonstances. »

« Oui, il est préférable de garder ça entre nous. »

« Et surtout plus apaisant. Vous vous souvenez de l’émeute qu’il y a eu l’année dernière juste pour les lunettes ensorcelés. Si seulement on les avait fait payer ! » Se remémore Clara.

« Qui dépenserait des mornilles pour ça ? »

« Bah, le troupeau justement. »

Il y a encore quelque petite blague par-ci par-là, avant qu’on rejoint aussi la grande salle à manger pour prendre notre déjeuner, puis nous allons faire le reste des devoirs ou se reposer avant l’heure d’astronomie de ce soir. Mais avant tout ça, je suis bien satisfaite d’avoir réussi à donner des cours qui j’espère parviendra à compenser les heures perdues en compagnie de ce prof mort. Et j’espère réussir encore pour les quelques prochaines fois, dont je suis sûre que ce sont les dernières.

 

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