Chapitre 10
Mars
Quand il fut réveillé par son réveil ce matin, Albus regretta instantanément d'avoir veillé aussi tard la veille.
Enfin, techniquement jusqu'à ce matin, vu que la dernière fois qu'il a pris connaissance de l'heure, il était 1 heure 34.
Puis, en entendant les autres corps bouger et se préparer à se lever avec autant de paresse que lui, il se disait que c'était pour la bonne cause. Lui et les Serdaigle avaient tenu à fêter l'anniversaire d'Alfred qui n'arrivait que tous les quatre ans, surtout maintenant qu'ils étaient majeurs.
OK, mais il était tout de même bien fatigué et heureusement qu'ils n'avaient pas beaucoup de cours le vendredi.
Et puis, il disait les Serdaigles au pluriel, mais c'était un euphémisme, il n'y avait que lui, le garçon du jour, leur camarade de chambre Elias et Rose. Ils ont décidé de se réunir dans le dortoir des garçons, parce que, malgré leur statut, lui et Rose n'avaient pas de chambre personnelle, au contraire des préfets. Bien que Rose utilisait bien l'autre chambre personnelle des préfets, vu qu'elle était inutilisée et qu'elle se sentait seule dans le dortoir des filles.
La concernée quitta le dortoir en baillant pour aller se préparer de son côté, pendant qu'il attendait qu'Elias termine sa toilette dans la salle d'eau. À côté de lui, il entendit Alfred se tourner sur son matelas posé à même le sol, car étant gentleman ils n'allaient pas laisser Rose dormir par terre, et lui-même se tourna vers lui.
Bien que fêtant ses 19 ans, Alfred paraissait toujours aussi jeune, ayant l'air d'avoir 16 ans tout au plus. C'était peut-être parce qu'il était roux, ou peut-être dû au changement génétique qu'il a subi aux mains du scientifique maléfique qui se prétendait son gardien légal, mais cela semblait un sujet tabou pour l'intéressé.
« Ça va ? » Lui demanda-t-il, inquiet par son expression pensive.
Alfred ne répondit pas tout de suite. Et alors qu'Albus le voyait travailler sa mâchoire, son ami se tourna finalement vers lui pour le sourire.
« Ouais. Ça va aller. »
Une fois qu'ils furent tous prêts à aller en cours de défense, Albus se rendit compte que ni la réponse ni le sourire d'Alfred n'était rassurant et que ce qu'il faisait avec sa mâchoire était peut-être pour se forcer à sourire.
Cependant, il se demandait ce qui le tracassait.
Car il n'y avait rien à s'inquiéter comme la troisième épreuve n'arrivait que dans trois mois, avec le dernier match de Quidditch où Poudlard jouera contre Durmstrang, sorti victorieux de leur match contre Beaux Bâtons.
Albus se sentait engourdi.
Et ce, depuis plusieurs jours maintenant. Il n'était non plus le seul car ses camarades de promo en avait aussi fait la remarque il n'y a pas longtemps. Notamment Lolie qui n'arrêtait pas de faire la moue, comme si elle était constamment en dérèglement, et personne ne parvenait à soutirer quoique ce soit lorsqu'on lui questionnait sur son état. Même pas Ani ne trouvait une explication logique avec ses théories sur les signes astrologiques.
C'était difficile à dire, mais c'était comme s'il manquait des choses.
Cela a commencé à la visite inattendue d'Emil Stewart. Peut-être était-ce sa présence et celle de Wyatt qui manquaient ? Leur apparition soudaine après deux ans de silence et leur départ tout aussi rapide faisaient ressentir leur absence encore plus forte. Ou un truc dans le genre ?
Cela faisait bien sentimentale.
Ou psychologique.
Alfred ne trouvait pas, il lui disait que c'était normal de se sentir vide quand on se sépare de quelqu'un de proche. Et même si Alfred n'était pas aussi proche d'eux comme Albus l'était avec Wyatt, ils étaient tous camarades de chambre. Et au bout de cinq ans, ça forge quelque chose, non ?
Alfred semblait cependant le plus perturbé. Albus le voyait parfois parler à Adrian avant de quitter la conversation encore plus frustrée. Il se demandait si cela n'avait pas un rapport avec leur colocation ou autre sujet moldu.
Elias lui disait qu'il essayait seulement de se rassurer avec son explication superficiel, Stefan tentait d'être aussi confiant même s'il admettait que voir Alfred aussi troublé était inquiétant alors que Tyler lui disait d'aller simplement questionner le concerné s'il était aussi curieux. Scorpius répliquait seulement que 'curieux' n'était pas vraiment le terme, mais n'ajouta rien d'autre. Albus comprit bien qu'aucun d'eux ne voulait faire d'effort pour découvrir ce mystère.
Sans eux, il ne restait plus grand monde à Albus avec qui enquêter. Il pourrait demander à Rose comme c'est sa meilleure amie, mais elle lui rétorquerait la même chose que Tyler, ce qui l'irriterait et dégoûterait si elle l'apprenait. Il pourrait demander à Tobias, comme ça ils profiteraient de se retrouver entre eux, mais ce dernier était bien stressé pour les Aspics qui arrivaient et il ne voulait pas ajouter plus de problème. Ou il pouvait demander à Sean, le seul ami proche qui lui restait même s'ils ont été quelque peu distants durant les dernières années.
Enfin, un peu comme tout le monde.
Puis, ensemble, ils n'allaient pas être réticents à user de leur forme animagus pour filer Alfred. Pas qu'Alfred ne les a jamais vu en forme animal mais il se douterait moins qu'il est épié ainsi. Rose serait réticente à l'idée d'espionner leur ami et de se métamorphoser dans l'enceinte du château, surtout maintenant qu’elle est préfète-en-chef. Tobias ne voudrait juste pas se métamorphoser, en plus que sa forme ne soit pas très efficiente.
Et il n'était pas assez proche de la dernière animagus de leur promo pour proposer à la copine de Scorpius de rechercher avec lui. Puis, Clara avait bien assez à faire avec son Quidditch adoré. Elle traînait son petit-ami et son amie attrapeuse dans des entraînements intenses jusqu'à pas d'heure, ignorant les révisions et les examens qui arrivaient. Heureusement que ces derniers l'aimaient.
« Tu ne t'inquiètes pas pour tes Aspics, toi ? » Demanda-t-il à Sean.
Ce dernier ne lui fit qu'un large et confiant sourire.
« Non, je ne compte pas rester au Royaume-Uni après Poudlard. »
« Ah non ? »
Maintenant qu'ils en parlaient, Albus ne connaissait le projet d'aucun de ses camarades. Sauf Rose qui compte bien continuer ses recherches en arithmancie et runes anciennes pour devenir professer ici. Tobias voulait aussi devenir professeur, de potion certainement, et allait faire des études supérieures pour avoir un diplôme qui lui permettrait d'enseigner cet art si sophistiqué. À l'étranger, bien sûr, parce que le Royaume-Uni n'a pas ce genre d'enseignement.
« Ouais, je pars pour le nouveau monde et vivre comme un moldu. »
Cela lui rappelait étrangement la situation de Wyatt. Mais, bien moins tragique, il l’espérait.
« J'ai juste envie de prendre une pause de la vie que j'ai ici. Je vais sûrement revenir mais j'ai besoin de voir ailleurs, parce que le monde est grand et la vie est trop courte pour ne rester qu'à un endroit. »
Certains, par contre, vivaient dans trop de lieu pour ne serait-ce que tous les connaître. Il songeait là à ses camarades ayant la nationalité étrangère, tel que Lolie, Laura Cavallone, Lux (si celle-ci ne se considérait pas entièrement comme une anglaise, vivant la majorité de son temps sur les terres britanniques), ou encore Ionise Stewart qui faisaient tout le temps la navette entre deux pays.
« Et toi ? »
La question de son ami coupa son train de pensée et il tenta de se concentrer sur l'interrogation et la réponse à fournir. Qu'allait-il faire, de son côté ?
« Je ne sais pas trop. Je ne pense pas que je vais voyager, mais je n'ai non plus de projet concret. Je sais juste que je vais passer une formation pour un brevet de maître de potion, de sorte à pouvoir brasser sans problème. »
« C'est déjà ça. »
« Oui. »
Il espérait juste qu'il pouvait planifier au moins aussi loin que Rose et Tobi.
Pour l'heure, ils allaient tenter de découvrir ce qu'Alfred avait en tête.
Sauf que, pendant le week-end, Alfred ne faisait pas grand-chose si ce n'était rester dans la cour de métamorphose. Cela faisait maintenant plus d'une heure qu'ils l'observaient sans rien faire, avec Albus perché sur le rebord d'une fenêtre et Sean caché dans les buissons de la cour. Si lui avait une vue plongée sur les allées et venues des autres passagers, Sean pouvait voir ses expressions grâce à l'absence de distance. En ce moment, il regardait ses mains comme si elles avaient la réponse à ses questions existentielles.
Il fut sorti de ses pensées quand un groupe qui discutait assez fort passa devant lui avant de s'arrêter en voyant qui il était. Pas étonnant, car Lolie s'y trouvait et fut celle qui l’interpella.
« Fifie, tu le penses toi aussi, que Lebrun est un nom français ! »
Les autres membres du groupe attendirent sa réponse, peu importe qu'elle fût, aux aguets. Parmi eux, la Lebrun en question.
« Eh bien, je ne saurais le dire. Pour autant que je sache Boa-Cameron ne fait pas très français. »
Aimée Lebrun eut un sourire moqueur de sa réponse alors que Lolie s'exclamait très dramatiquement, ne s'attendant pas à une trahison de sa part.
« Exactement, autant Boa fait hispanique, autant Cameron fait anglais. Soit, tu simules et tu n'es pas française, soit tes parents prétendent être français. »
« Ou ils peuvent juste avoir pris la nationalité française après avoir décidé de se poser dans le pays », répliqua Maria Delacroix.
« Tu le saurais, miss French. »
« À moitié seulement. »
« Oui, bon, ça se voit que t'es moit-moit'. Maria, ça ne fait pas très franco. Pourquoi pas Marie ou Marianne ? Maria, ça fait juste latin franchement. »
« Le français descend du latin aussi », commenta Doug Teilleul.
De là où il se trouvait, Albus remarquait facilement que le supposé Next se cachait la moitié du visage sous un foulard couleur Beaux Bâtons, ce qui confirmait encore sa promo qu'il devait vraiment avoir le don d'hermaphrodisme qui se manifestait au début de chaque mois.
« Mais elle prend plus du gaulois. Dont tu devrais aussi te sentir concerné, hein, le néerlandais ? »
Aimée roula des yeux à ça :
« C'est drôle que tu acceptes si facilement que le Pays-Bas est un pays existant mais que tu refuses de comprendre que la Belgique est un territoire propre en soi. »
« Ils ont une partie où ils ne parlent que français ! »
« Comme Genève pour Suisse ! Mais tu ne vas pas dire que les suisses sont français ! »
« Je peux ! Je n'ai juste pas rencontré de suisse dans votre délégation. »
« Après, outre la France », contribua Maria « les autres pays gaulois sont très axés langues et les écoles secondaires en font apprendre une multitude, dont le français. »
« Comme au Royaume-Unis », confirma Alfred. « Même si rares sont les résidents qui savent en parler », ajouta-t-il pour lui-même. Il reprit plus fort, en s'adressant à Maria : « D'ailleurs, tu es moitié quoi ? »
« Espagnole. »
« Tu connais un peu la culture ou tu n'es espagnole que de sang ? »
« J'ai une famille à la culture très diversifiée. »
« C'est vrai que tout le pays est en pause à 15 heures ? » S'incrusta Lolie.
« Une culture qui ne s'étend qu'à la communauté sorcière. »
Heureusement qu'elle précise, parce que c'était bien différent.
« Ça veut dire qu'il n'y pas de sieste nationale à cette heure-ci ? » Voulut s'assurer Lolie.
« Ça veut dire qu'elle n'a pas réponse à ta question », corrigea bassement Doug.
« Pareillement, il y a aussi cette légende qui dit que les anglais ont une pause thé à 17 heures, c'est vrai ? » Répliqua Aimée.
« Sais pas », répondit Lolie en haussant les épaules.
« Je ne m'adressais pas à toi, tête de linotte, t'es pas anglais, que je sache. »
Alfred haussa aussi les épaules quand on se tourna encore une fois vers lui.
« Je ne vivais pas avec des moldu très normaux et Adrian n'est pas très féru de thé, alors... »
Albus décrocha à la conversation. Il n'était pas passionné par un tel sujet mais le souvenir qu'une des filles de la promo était très à cheval sur cette légende lui vint en mémoire bien qu'il ne saurait dire qui il s'agissait. Il se concentra à nouveau sur la conversation quand la voie de crécelle de Lolie s'exclama :
« Eh, c'est quoi cette légende qui dit que la France a 360 jours fériés ? Elle a 360 jours de grève, c'est différent ! »
« Parce que c'est mieux ? »
« Je n'ai jamais dit ça, je corrige juste un mythe concernant mon pays comme Espagne et Royaume-Unis y sont déjà passés. Et bien qu'il s'agisse plus d'un fait que d'un on-dit. »
Le sujet dévia et Alfred resta avec eux en participant quand on demandait son avis mais Albus et Sean n'avaient rien pu noter de pertinent dans son comportement ou ses paroles.
La filature continua même durant les jours de cours où les deux amis se retrouvaient en fin de journée pour faire le point, ce qui leur rappelait leur période d'apprentissage clandestin pour devenir animagus.
Alfred, néanmoins, ne laissait rien échapper et les deux amis finirent par abandonner. Tout du moins, c'était ce qu'Albus dit à Sean, ne voulant pas prendre plus de son temps.
Parce que si la manière douce ne fonctionnait pas, il ne devait plus que lui demander directement, ce que Rose et tous les autres lui disaient depuis le début. Mais si Wyatt a toujours été le plus orateur d'entre eux, Albus n'était pas le meilleur pour parler. Surtout quand son interlocuteur ne veut pas parler.
Là, par exemple, sentant que la conversation allait tourner sérieuse, Alfred usa de la distraction de leur camarade pour s'intéresser à leur sujet. Et, tiens, il s'agissait encore de Lolie.
« Oh, mais tu peux être rassuré, je ne donne de surnom qu'à des gens que j'apprécie ! » Pépia-t-elle avec patience, comme si son attention était un honneur.
En face, Alois Lingtren ne pensait pas pareil. Et il n'en était là que parce que Celia lui était rentrée dedans pour la énième fois depuis que la délégation de Durmstrang était à Poudlard et qu'il avait commenté : " Ça va finir par être notre rituel de salutation, à force. " Causant une Celia toute embarrassée.
« Je préfère encore être appelé par mon prénom plutôt que ce que tu viens de prononcer. »
« Aloloui est un bon surnom ! Ça m'est venue à l'instant. »
« Oui, c'est bien ce qui m'embête. »
« Ne cherche pas à la faire changer d'avis, tu n'y arriveras pas », commenta Celia.
Il lui jeta un regard ayant l'air de dire que tout était de sa faute s'il en était arrivé là. Ce qui, techniquement, n'était pas vraiment faux, mais il avait aussi sa part pour participer au lynchage envers Mathilde Warrington.
« Et quelle est la tienne ? »
Qu'il puisse au moins se rassurer qu'il ne fût pas le seul à avoir une dénomination aussi ridicule.
« Lialia. »
Alois considéra le blase avant de secouer la tête.
« Tu es une fille, ça passe. »
« Comment ça ? Qu'est-ce que tu insinues ? »
Elle n'eut pas de réponse qu'Alfred s'incrusta pour prouver tort à l'étudiant étranger.
« Dis-toi qu'elle m'appelle Fifie depuis notre troisième année et je suis un gars. »
Cette fois-ci, Alois ne prit même pas le temps de réfléchir et d'approuver que le surnom fût en effet absurde. Albus prit soin de ne pas attirer l'attention sur lui, comme son surnom avait l'air encore un stade en dessous de celui d'Alfred.
« Faut dire qu'elle a déblatéré des tas de surnom sur un coup de tête en fin de troisième année. »
« D'ailleurs, t'en a finalement trouvé pour ceux qui manquaient ? »
« Il restait qui, déjà ? »
« Quatre Serpentard et une Poufsouffle. Tyler, Kylian, Laura et Chloé, ainsi que Clara. »
« Clara c'est clair. Kiki. »
Ses trois camarades ne voyaient pas.
« Parce qu'elle est italienne et qu'en Italie, ils appellent plus Chiara ? » Comprit Alois.
Quant à savoir comment il était au courant des racines de la blonde, c'était une autre histoire.
De qui se moquaient-ils ? Ce n'était pas comme si Clara ratait une occasion pour acclamer son origine bien que née sur les terres britanniques.
« Okay... ensuite ? »
« Chloé, lolo. »
Là, tout le monde tourna de gros yeux vers elle.
« Parce qu'elle en a des énormes. »
Puis, elle fit le mouvement pour désigner ce qu'elle sous-entendait, mettant les gars très mal à l'aise.
« Sois contente qu'elle ne soit pas là pour t'entendre », finit par lâcher Alfred, faisant ricaner Alois.
« À quoi bon ? J'ai l'impression qu'elle est du genre à lui dire en face, peu importe les conséquences. »
« C'est drôle comme tu nous décris mieux que nous-mêmes », nota Celia dans un souffle.
« Kylian ! Ah, Kylian, c'était plus compliqué parce que je ne pouvais pas le confondre avec Clara et lui donnait Kiki 2. »
« Ça ne t'avait pourtant pas stoppé de nommer Kenneth et John pareil. »
« Chuuut. Le passé est le passé, tournons-nous vers un nouvel avenir. Kylian, c'est sav-sav. » Elle se sentit obligé d'ajouter quand personne ne réagit pour plus longtemps qu'il ne fallut : « Pour son côté savant, vous savez ? »
Alois qui n'avait pas la référence ne réagit pas alors qu'Albus eut un haussement d'épaule comme il en avait l'habitude de réagir quand il s'agissait des bouffonneries de Lolie.
« Et pour Tyler, Titi, parce que c'est comme ça qu'on prononce la première partie de son prénom en français ! »
Albus ne savait honnêtement pas s'il devait être content que son ami soit absent.
« Attends, comment ça ? Il reste une personne. »
« Nope, absolument pas. J'ai tout cité. Sauf si tu comptes les élèves de Beaux Bâtons, et c'est vrai que je ne les ai pas encore baptisés ! »
Juste comme ça, elle disparut avec Celia au bras.
« Quelque chose me dit que ces élèves en question sont en train de suer quelque part », termina Alfred.
Albus devait avouer que c'était drôle. Tellement qu'il en oublia son interrogatoire.
Finalement, ce fut Sean qui revint vers lui pour lui déclarer d'un changement.
Ce qui était plutôt logique vu qu'il était le seul au courant et aussi investi que lui dans cette affaire.
« Tu te souviens la première fois qu'on l'a filé et qu'il restait la majorité du temps à fixer ses mains ? »
Un peu difficile d'oublier, Clara aurait été présente elle aurait dit qu'il se prenait plus un protagoniste d'un shonen manga et qu'il attendait la manifestation d'un nouveau pouvoir.
Mais Alfred n'avait pas de pouvoir. C'était un sang-mêlé, pas un Next.
« Eh bien, je sais pourquoi. La raison, il fait apparaître et disparaître des trucs et des vivants. »
« Ce n'est pas possible, même la magie ne fait pas apparaître des choses à partir de rien. »
Sean haussa les épaules avant de l'amener directement là où se trouvait Alfred, mais avant ça, ils se métamorphosèrent pour ne pas se faire remarquer.
Alfred se trouvait cette fois-ci au pied de la volière.
Si Albus put facilement se fondre parmi les hiboux et chouettes qui faisaient des aller-retour, Sean eut un peu plus de mal car il n'y avait pas énormément de buisson autour de la bâtisse. Pour ne pas dire aucun.
Ce qui était étrange parce que la volière semblait d'un coup bien isolé au milieu de nul part.
Comme Alfred, dont la silhouette frêle restait planté seule dans cette partie de Poudlard.
Mais ça, c'était avant qu'Adrian n'arriva.
Albus fut un brin rassuré, car il trouvait l'endroit bien vide pour une fin d'après-midi. Les élèves n'auraient-ils pas apprécier d'envoyer quelques missiles ? Apparemment, non. Et ce n'était de toute évidence pas la raison pour laquelle le septième fils se trouvait ici comme il était venu en planant et semblait assez pressé.
Alors qu'il le voyait se poser à quelque pas de leur ami, Alfred releva la tête pour croiser le regard d'Albus, bien qu'il doute qu'il fût reconnu. Il battit des ailes pour paraître plus comme un prédateur normal mais rata le début de la conversation en ce faisant.
« Ces disparitions ? » Répéta Adrian.
Ces mots lui rappelaient quelque chose mais il ne put forcer ses souvenirs et suivre la conversation en même temps.
« Tu as dû le remarquer, non ? »
« Je n'en suis pas sûr, j'ai parfois l'impression que mon cerveau me joue des tours. »
« Ce n'est pas ton cerveau. C'est une sorte de magie. »
« Plus puissante que la mienne ? »
« Disons plus maligne, elle sait comment passer entre tes filets. »
« OK et quel en est-il donc ? »
Alfred ne répondit pas tout de suite et jeta un coup d'œil à sa main. Encore. Albus ne parvint pas à faire le lien assez vite qu’Alfred reprit la parole :
« Qui as-tu remarqué de disparu ? »
« C'est bien ça le problème », lui dit Adrian en soupirant « je n'ai aucun souvenir d'eux. Dès que j'essaie de ne serait-ce que penser à eux, ça m'échappe. »
« Même notre amie ? »
Le cœur d'Albus s'arrêta. Qui de leur ami avait disparu et dont il n'avait pas remarqué ? Que personne n'a remarqué ? Il s'agissait forcément d'un membre de la promotion car ils n'avaient pas d'ami en dehors.
Adrian sembla savoir de qui on parlait car il se figea à l'instar d'Albus avant de jeter des regards à droite et à gauche. Son regard s'arrêta un bref instant sur le mur de la volière avant qu'il ne se tourne à nouveau vers Alfred.
Puis, d'une petite voix, il prononça un prénom :
« Alice ? »
Elle sonnait étrange aux oreilles d'Albus.
La seule Alice qu'il avait connaissance était la mère de Neville Londubat parce qu'il a entendu son père et son professeur en parler quand les deux hommes croyaient qu'ils étaient seuls. Mais il ne voyait pas pourquoi Adrian était aussi bouleversé, ni pourquoi Alfred avait une expression aussi grave.
Qui était cette Alice dont ils parlaient ?
« Comment... » Commença Adrian sans pouvoir continuer. Il regarda à nouveau le mur et Albus remarqua qu'il y avait une inscription au moment où Adrian reprit : « Depuis quand ? »
« Après la seconde épreuve. Mais avant le match Durmstrang-Beaux Bâtons. »
Cette révélation était encore plus surprenante que la précédente. Durant cette période de temps, il a été demandé aux préfets-en-chef d'aller vérifier le château qu'elle soit bien vide afin de s'assurer que tout le monde assistait au match de Quidditch même si certains ne voulaient pas. Rose en était la charge comme il l'a fait pour la première fois et elle n'avait rien dit.
Peut-être parce qu'elle n'avait déjà plus aucun souvenir.
Mais de qui ? Qui était cette Alice pour eux ? Leur camarade de promo ? Comment ça se faisait qu'Albus n'avait rien d'elle ?
« Comment tu sais tout ça ? » Demanda Adrian.
Albus craignait un peu la réponse. Comment Alfred savait tout cela ? Sans répondre, celui-ci se tourna vers le mur de la volière et posa sa main sur l'inscription qui attirait tellement Adrian et qu'il n'avait pas réussi à lire, bien trop distrait pas leur sujet de conversation.
« Tu ne trouves pas cette partie de Poudlard vide ? » Demanda-t-il à la place.
Et Albus vit encore Adrian regarder partout sans comprendre pour quoi.
« C'est parce qu'elle n'est pas censée l'être. »
Quelque chose brilla sous sa main et l'instant d'après, des tas de buissons apparurent autour de la volière, comme s'ils avaient toujours été là.
Albus se remémora pourquoi sa présence ici. Sean lui avait dit qu'Alfred avait un super-pouvoir qui le permettait de faire disparaître et apparaître des choses à partir de ses mains.
Il en avait la preuve visuelle.
Mais ce n'était pas tout parce que la main d'Alfred luisit à nouveau sans même toucher le mur et cette fois-ci, une personne apparut.
Court cheveux noirs, yeux vairons, écusson de Serdaigle.
Albus battit des ailes avec plus de vigueur et faillit tomber de sa perche. Cette personne lui rappelait quelqu'un. Il avait son prénom au bout de la langue.
« Alice ! » Appela Adrian.
Au même moment, Sean apparut aussi de sa cachette. Il affichait une mine choquée et pointait le trio du doigt sans parvenir à articuler correctement sa pensée.
La dénommée Alice détourna du regard insistant et échangea un regard avec Alfred. Elle toucha à son tour la rune sur le mur de la volière et le creux de la main d'Alfred se mit à chatoyer comme plus tôt.
Un chien apparut.
« Elliott. Tu l'avais toujours auprès de toi, tu m'as dit. »
« C'est parce que c'était vrai. Mais il était plutôt en moi. »
Albus n'en pouvait plus. Il décida de lui-même se manifester. Il piqua une descente avant de prendre humaine une fois près du sol. Ses camarades l'accueillirent sans trop de surprise, peut-être déjà trop abasourdis par les événements avant.
« Quel est le rapport avec les disparus ? » Demanda-t-il finalement.
Alice eut un regard de pitié à sa question mais ne dit rien. Adrian tentait encore de rassembler ses souvenirs pendant que Sean rassemblait son esprit pour avoir un semblant de cohérence. Ce fut Alfred qui lui répondit.
« Il s'agit d'un artéfact magique qui est la cause même de la création des Next. Il se trouve quelque part à Poudlard et sévit en enlevant les élèves qui s'en approchent un peu trop près. »
« Pourquoi tu sais tout ça ? »
« Parce que j'ai évité Alice de recevoir le même sort. Mais surtout parce que c'est l'instrument même duquel mon 'don' est basé. Le sac dimensionnel qui vous fait oublier tout ce qu'il cache. »
« Et combien y a-t-il d'élèves disparus ? » Demanda Sean.
Il avait recouvert ses esprits et sa parole et tentait de sauver les meubles en posant la question sensée.
« Des tas. » Fut la réponse.
Puis, Alfred déglutit avec difficulté et ajouta d'une voix brisée :
« Et je ne sais pas comment les ramener. »
Leur espoir fut fissuré alors qu'il voyait Alfred, le seul qui fut en mesure de faire avancer les choses, se décourager.
Ils étaient faces à un impasse et toujours aucune idée de combien et de qui des élèves disparus étaient.
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